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    Chroniques de la Maison au Loup ; par Ronan de Bassecombe.

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    Liam Faol

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    Chroniques de la Maison au Loup ; par Ronan de Bassecombe.

    Message par Liam Faol le Jeu 23 Jan - 18:20



    CHRONIQUES DE LA MAISON AU LOUP


    L’obscurité s’étend sur le monde comme au passage d’un dragon ancien. L’équilibre précaire que connaissait Tamriel n’est déjà plus qu’un souvenir… Les gens n’en n’ont pas encore tout à fait conscience ; ils espèrent toujours que les jours à venir soient meilleurs et refusent d’imaginer, sinon dans les grands moments d’abattement, que le pire puisse être à venir. L’Histoire pourtant, reproduit les grandes désillusions…

    Mais l’événement sans précédent, dont nul ne saurait prédire ni la portée ni les conséquences exactes, nommée l’Eruption qui s’est produite en l’an 578 de notre 2ème ère, a remué tout l’échiquier.

    Je le prophétise… demain sera sombre, bien plus sombre qu’aujourd’hui, car ce n’est que le début. Le ciel sera couvert de fumées opaques… on lira la terreur dans le regard des faibles, des forts, des pauvres et des riches… la terre sera imbibée de sang… Oui, l’obscurité vient, car la grande guerre vient.

    Je me remémore certains événements qui se déroulèrent dans le sud des montagnes de Wrothgar, annonciateurs de cette ère qui a débutée… nous étions à la fin de l’an 577 de cette seconde ère. Déjà, ici et là on pouvait en ressentir les premiers signes ; les rapports se tendaient, les plans se dessinaient… les trahisons débutaient, les armes s’aiguisaient.

    En ce temps là, la bannière « au Loup » de l’honorable et noble Maison Faol, claquait au vent tandis que les habitants de la grande et belle baronnie qu’elle couvrait, coulaient encore des jours relativement paisibles. Ce fief indépendant dirigé par le sire Riagal Faol, Chef de ladite Maison, Chevalier du Royaume de Hauteroche, Baron de Blanchesfalaises, Seigneur de Fier-Roc, était lors l’un où il faisait le mieux vivre sur la côte de la région. La baronnie de Blanchesfalaises se trouvent enclavée entre le royaume d’Ykalon au sud et celui de Daenia à l’est.


    Bien que le climat y soit de nature pluvieuse ce n’est que pour en rendre les terres plus arables et fertiles. Les cultures y sont aussi nombreuses que les sortes d’élevages et parmi eux, le plus fameux était celui de plusieurs sortes de chevaux ; pour parader, pour combattre et pour travailler. Et ceux-là tenaient pour une bonne part de la richesse de la baronnie. L’étranger la sillonnant en venait rapidement à jalouser ses rivières abondantes en eaux et en poissons, ses vastes forêts et marais propices à des chasses variées qui faisaient lors la joie des seigneurs qui se succédèrent à la tête de la Maison Faol. Allant de village en village, on y découvrait leurs spécialités qu’on aurait dites inscrites au visage des hommes et des femmes de métier et une vie qui semblait agréer les habitants.

    Mais le tableau ainsi dépeint bien qu’agréable et flatteur, et pour une bonne part conforme à la réalité serait incomplet si l’on n’omettait de dire aussi les faiblesses de Blanchesfalaises. Et qui aurait prétendu qu’elle n’en avait pas, serait au mieux d’une loyauté par trop zélée au pire un fieffé menteur. La richesse, notamment, amène son lot de malheurs. Malgré les hommes d’armes, les brigands et malandrins et autres coupe-jarrets rendaient les chemins dangereux, pour ne pas dire mortels, et la nuit il ne faisait pas bon se trouver en certains lieux. La justice particulièrement ferme à leur encontre et les corps des condamnés pendus aux potences de la cité et des villages jusque sur les grandes routes, ne dissuadaient cependant pas ces détrousseurs de venir ou de continuer à commettre leurs forfaits ; comme une gangrène dont on ne vient jamais à bout. Mais les pires étaient ces féroces pirates nordiques qui menaient des raids sanglants sur les côtes de la baronnie et contre lesquels la Garde d’Alba de Blanchesfalaises combattait fréquemment.

    En dépit de cela, ce dont la baronnie avait le plus à souffrir c’était de ses voisins ; par la guerre et par le commerce. Lorsque l’un d’entre eux n’avait pas dans l’idée d’étendre ses frontières de son côté, un autre faisait tout pour saper son économie. Force est d’admettre que Blanchesfalaises manquait cruellement de métaux précieux. Mises à part quelques mines de fer et de cuivre il lui fallait importer l’or et l’argent et autres coûteuses ressources… jusqu’aux céréales depuis des contrées plus tempérées. Elle rivalisait néanmoins par ses chantiers navals, sa pêche, ses élevages de chevaux, ses forges d’arme et ses carrières de pierre… mais elle n’était pas la seule sur la côte et les marchands menaient une guerre commerciale rude et incertaine. Ajoutons pour conclure que si le climat avait ses bienfaits, lorsque le ciel noyait les champs de pluies par trop abondantes et régulières et que les rivières sortaient de leur lit, c’était toute l’économie de la baronnie qui menaçait de chanceler. Mais, elle avait su s’adapter et tirait bien mieux que d’autres son épingle du jeu.

    D’autre part, le sire Riagal avait quelques alliés sur qui compter et avec lesquels il entretenait des commerces salvateurs pour la stabilité de la seigneurie. Mais eux aussi devaient composer avec d’autres réalités pas moins complexes.


    Le Seigneur de Blanchesfalaises était un homme au port noble, élancé et fort bien bâti comme ceux de son sang, avec un regard dur et franc, une chevelure épaisse et une barbe courte qui lui donnait un air sévère. Il avait une forte conscience de ses responsabilités et savait parfaitement bien conduire les affaires de son domaine. Il nourrissait un goût modéré pour les armes et leur préférait, à l’usage la chasse plutôt que la guerre. Peut-être fut-ce son tort… Il se passionnait davantage pour les sciences et les arts, certain que c’étaient les clefs d’un avenir plus fortuné. Il n’appréciait que peu la compagnie et déléguait bien volontiers la diplomatie à ses conseillers qu’il choisissait avec soin pour leurs compétences reconnues et avérées. Mais là encore, certains de ses choix sont, à la lumière des événements qui suivirent, discutables…

    Derrière le masque du seigneur, il y avait surtout un homme profondément affecté par un chagrin qui ne lui passa jamais depuis qu’il avait perdu sa première épouse, Alwine qui lui donna son unique fils ; Liam. Il avait nourri pour elle un amour immense et d’une rare tendresse. Elle fut une femme intelligente, curieuse de toute sorte de chose mais d’une santé fragile. Tant et si bien que tous s’étonnèrent qu’elle put mettre au monde un enfant et y survivre, lors même que tout du long de sa vie elle allait de mal en mal. Qui la fréquentait savait qu’elle passa plus de la moitié de sa vie alitée et bien qu’elle ne fut jamais d’une nature ni triste, ni aigrie, elle restait très introvertie ; conservant probablement pour elle ses regrets et le poids de son malheur. Elle s’éteignit cinq année après avoir donné naissance à Liam lors qu’elle tentait d’accoucher d’un deuxième enfant et ce malgré toutes les bonnes médecines qui s’affairèrent pour elle…

    Pour le jeune sire Liam aussi, cette perte eut des conséquences. Plusieurs mois s’égrainèrent durant lesquels il réclamait sans cesse sa mère, demandant où elle se trouvait sans comprendre le caractère éternel de la mort. Et lorsqu’il en prit enfin conscience, ce furent des nuits à se réveiller en hurlant sans que rien ne sache le calmer et à pleurer toutes les larmes de son corps. Des jours entiers d’absence où il était hermétique à toute chose et rien ne parvenait à l’en sortir ni le distraire. Mais doucement il s’en remit, car le souvenir de tout malheur s’effrite sous les assauts du temps et le pire vient de ce qu’on l’on finit par oublier un peu ; d’abord la voix… puis l’odeur… et enfin le visage de l’être qu’on a perdu. Oui, la mémoire s’altère pour permettre à la douleur de partir. La rémission est à ce prix.

    Mon sire reprit femme quelques années plus tard par nécessité mais las, le bonheur ne revint pas et jusqu’alors n’eut pas d’enfant de dame Lyandra. Le sire Riagal ne sombra pas pour autant dans la mélancolie ou quelque désespoir sombre. Non, il semblait seulement s’être résolu à la fatalité et assumait sa vie avec raison et pragmatisme. Ses proches pouvaient simplement témoigner de ce qu’il avait perdu cette flamme qu’il avait auparavant dans le regard ; l’envie de voyager, de découvrir et d’entreprendre avec plus d’ambition qu’aujourd’hui. Cependant, il ne manqua pas de consacrer, à son fils, le peu de temps qu’il avait ; lui transmettant ce qu’il savait faire de mieux, communiquant son amour avec une maladresse touchante.

    Pour récompense son fils lui donnait toutes les satisfactions qu’un père pouvait espérer de sa progéniture et se fut un réel déchirement qu’il n’exprima pas, lorsque ayant atteint l’âge d’être page, il le confia à son vieil et glorieux ami le Comte Pase de Valserein. C’est avec cet homme d’expérience que le jeune sire Liam développa ses qualités martiales, éduqué dans les stricts préceptes de la chevalerie qui renforcèrent ses valeurs morales dont il avait déjà été bien instruit chez lui. Néanmoins au grand désespoir de son tuteur, bon vivant, affable et grand discoureur, Liam conserva un caractère égal et introverti. A tel point qu’il était effacé devant les autres écuyers, peu désireux de se mettre en avant, et qu’on pouvait fort bien ignorer sa présence au milieu des autres. Il festoyait peu et mal, car jamais il ne fut habitué aux fêtes et aux grandes réjouissances que son père avait abandonnées, sinon pour obéir aux lois de l’hospitalité quand il recevait ses pairs et pour lesquelles la sobriété a toujours été le mot d’ordre. Et quand bien-même, il n’en tirait pas de joie.

    Oui, l’époque était prospère mais ce n’était pas la plus gaie, loin s’en faut, qu’avait connue la baronnie de Blanchesfalaises.

    Le jeune sire Liam venait d’entrer dans son vingt-quatrième printemps, rentré chez lui depuis deux ans ; fait chevalier, lorsque avec son père ils s’embarquèrent, avec honnête escorte pour gagner le désert d’Alik’r sur le continent de l’Enclume. La pénibilité d’un tel voyage est telle qu’il faut être dur à la douleur et à la fatigue pour l’envisager. Fut-ce à bord des meilleurs navires, pour lesquels ont dépensait en or ce que l’on s’épargnait en inconfort, rien ne dispensait le voyageur des innombrables affres d’un pareil périple. Fort heureusement l’expérience du sire Riagal qui avait déjà entrepris tel voyage lors que le jeune sire Liam était enfant pour se rendre en ces mêmes contrées, leur profitait indéniablement.

    Il faut bien le dire à celui qui jamais ne posa le pied sur quelque navire de longue route que ce soit ; lorsque les moyens sont modestes, il faut s’accommoder d’une embarcation où le confort est rudimentaire. Savoir que les gens se trouvent entassés dans les ponts inférieurs et les cales dans une atmosphère insupportable où l’odeur nauséabonde le dispute à la tension entre les passagers. La nuit, par exemple, celui qui ne veut rien céder à la dignité en satisfaisant à ses besoins intimes en les donnant en spectacle sur un pot d’aisance, aux autres voyageurs encore éveillés, doit s’apprêter à rude aventure. Il lui faudra se frayer un chemin et prendre précaution de ne marcher sur quiconque ni renverser l’un de ces pots, au risque de se voir, au mieux conspué… au pire roué de coups. Ce qui arrive malheureusement bien souvent et l’odeur, quant à elle, ne se dissipe pas après quoi. Ayant réussi à gagner le pont supérieur, ce voyageur sera bien avisé de prier fort ses dieux que le temps soit clément afin de ne pas finir, malgré lui, passé par dessus bord. Et s’il décide de se contenir jusqu’au lendemain, il trouvera une file d’attente si longue qu’il lui paraîtra s’être rendu aux lices un jour de foire. Et tardant trop à se délivrer dans les latrines de fortune à l’avant du navire, malmené par le tangage, il entendra les gens s’échauder et rousser durement.

    C’est bien évidemment sans compter la nourriture qui s’avarie sans attendre et parier avoir pris suffisamment de denrées qui se conservent bien et d’alcool léger – car l’eau croupit trop vite – afin de ne pas souffrir de la faim. Lors, se rationner devient un art, de sorte que l’on préférera ravitailler quelques nourritures fraîches à chaque escale, à consommer dans les jours suivants au risque de finir malade jusqu’à en mourir et espérer tenir ainsi jusqu’à l’arrivée, car chaque voyageur est limité en bagage.

    Il y aurait tant à rajouter sur l’enfer que sont de telles entreprises maritimes…

    Or donc, bien que préservés, par leur richesse, de ces incommodités, ces bons sires et leur suite, affrontèrent malgré tout moultes temps gros et forts qui menacèrent plusieurs fois de couler leur embarcation à fond. Mais les dieux veillèrent sur eux et ils parvinrent sans trop de perte à bon port. Ils furent ensuite conduits par voie terrestre jusqu’au fief de leur hôte par des émissaires et une magnifique escorte qu’il avait eu la générosité de leur envoyer pour les guider.

    De cette terre il faut savoir plusieurs choses. Que ses habitants ont le teint doré, sombre ou rouge, c’est selon ; qui semble être la conséquence d’un soleil qui chauffe si rudement cette terre que rien ne semble pouvoir y pousser fructueusement. Pis, la soif s’installe comme une maîtresse à la rare cruauté ; rendant insatiable et parfaitement désespéré chaque fois qu’elle vient à manquer et si plein de grâce quand on en trouve enfin, fut-elle chaude. Car ils ont cette curieuse coutume de boire l’eau presque bouillante, sûrs que cela désaltère davantage qu’une eau fraîche. Ce à quoi l’on s’accordera après quelque temps passé auprès d’eux pour en avoir constaté l’efficacité. Il faut, d’ailleurs, leur reconnaître savoir bien se nourrir et posséder des mets, des épices et des fruits juteux, tout à fait exquis et particulièrement improbables au vu du climat.

    Si on connait depuis longtemps la renommée extraordinaire des guerriers Rougegardes, il convient lors de dire combien les gens y sont aussi doués pour tous les commerces – qu’ils entretiennent avec tous les royaumes même les plus reculés – ; depuis les biens les plus luxueux – pierres et métaux rares, étoffes précieuses – jusqu’aux plus cruels, comme l’esclavage, et par lesquels ils font fortune. Et c’est bien le moins qu’ils puissent faire pour gagner leur confort, car ils n’ont pas grand chose d’autre en quantité que du sable dont personne ne saurait quoi faire et qui fait vivre l’enfer aux voyageurs qui en subissent les supplices. Soit qu’il est brûlant, soit qu’il s’insinue partout et abîme tout ce qu’il touche, où encore qu’il participe à rendre insupportable de douleur la moindre plaie et à l’infecter aussitôt.

    Et je passerai volontiers sur la fastidieuse description des créatures que l’on y trouve et plus particulièrement de celles qui, dans les dunes de sable et les terres arides et rocailleuses, sont de véritables prédatrices sanguinaires, toutes plus perfides les unes que les autres…

    Non véritablement il n’y a rien qui donne envie de connaître ni de vivre en ces contrées. Du moins, avant d’avoir constaté par soi-même que des oasis paradisiaques s’y trouvent disséminés ; quoi qu’interdites au commun des mortels. Je parle bien évidemment des palais qui dominent les cités portuaires ou qui semblent sortir de nulle part dans les sables du désert.


    C’est dans l’une d’elles que le Seigneur Riagal Faol et son fils furent conduit après avoir souffert cette dernière partie de leur voyage. Et l’accueil fut à la mesure de ce à quoi ils pouvaient rêver après pareil périple. Un groupe de conseillers de l’Emir vint à leur rencontre aux portes du palais, suivi d’un cortège d’esclaves en nombre qui vinrent d’abord les débarrasser de tout ce qui les encombrait. Puis on les guida jusqu’à un lieu où l’ombre leur ôta salutairement la chape brûlante que le soleil faisait peser sur leurs épaules et leur offrit de se rafraîchir en leur lavant les pieds et les mains. Enfin, des boissons et des fruits leur furent apportés en vue d’étancher leur soif et leur faim avant de les mener à leurs chambres.

    On s’occupa ainsi d’eux trois jours durant, tels des princes, car c’était marque de grand respect de ne pas les rencontrer immédiatement et le traducteur qu’ils avaient engagé l’apprit à qui ne le savait pas.

    Au terme de ce délai que la coutume imposait, ils furent présentés à l’Emir Hafez bin Hamza Al’Kadir. L’homme était assis sur des coussins dans la salle d’honneur. Les traits de son visage étaient nobles, sa barbe sombre parfaitement entretenue et son port altier. Il posa un regard d’un brun profond sur ses hôtes qu’il détailla tout le temps que dura leur traversée de la salle.

    Le faste des lieux confirmait d’ailleurs que le luxe n’était pas une façade offerte aux invités. Tout y répondait et était digne de louanges. Le marbre qui couvrait les sols et les murs, les stuques finement ouvragés, les émaux étincelants, les dorures et parures de toutes sortes éblouissaient par leur profusion et leur raffinement. Les sculptures de pierre et de métal et tout ce qui participait à décorer le palais, attiraient sans cesse le regard.

    L’emir devait avoir une quarantaine d’années. En retrait de lui se tenait une femme qu’aucune beauté ne semblait pouvoir égaler ; elle avait un regard tel qu’il hypnotisait quiconque y plongeait le sien et la rumeur disait qu’elle est une Djinn. Elle éclipsait naturellement toutes les femmes jeunes et moins jeunes qui se trouvaient encore après elle.

    Et le seul joyau qui put faire de l’ombre à l’épouse de l’Emir et à son palais, arriva sous leurs yeux en la personne de la demoiselle Malika, leur fille commune. Il ne fut pas nécessaire de la leur présenter car c’était elle qui était à l’origine de cette invitation. Lors d’un voyage, il y a plusieurs années de cela, qu’elle effectuait avec son précepteur, un dénommé Avygeihl, en le royaume de Hauteroche, elle avait rencontré Liam Faol à Valserein, chez le Comte Pase. Puis, quelques mois après, chez son père – lors même que le jeune sire Liam le visitait – et chez qui elle fit une halte plus longue pour y avoir reçu une belle hospitalité et de bons soins parce qu’elle se trouvait malade. Là-bas, avec le consentement de son tuteur, elle put accepter que le jeune sire Liam, désigné par son père, lui servit de guide sur leurs terres. Les premières flammes d’un amour de jeunesse naquirent ainsi dans le coeur du jeune homme…

    …Que l’apparition céleste et quasi ineffable, en ce merveilleux éden, ne put que raviver et mûrir en lui. Ou du moins les doux émois d’un désir fougueux. Etait-elle pour sa part, insensible au charme de celui-ci ? Nul ne sut le dire mais à l’évidence elle cherchait à plaire… peut-être à “lui plaire” et leurs regards se croisant, ils se figèrent dans ce qui dut leur paraître une exquise éternité.

    Les semaines qui suivirent eurent pour scène le splendide palais où tous les hôtes goûtèrent à ce qui se faisait de mieux et furent charmés par tout ce que ce paradis clôturé pouvait offrir en contraste saisissant du reste du désert. Les parties de chasse se succédèrent empruntes de coutumes exotiques, les repas rivalisaient de gourmandise et de raffinement agrémentés de danses exécutées par les concubines de l’émir et ses propres filles, couronnant son hospitalité de la plus parfaite volupté.

    Et tandis que les deux pères devisaient sur toutes sortes de sujets, évoquant leurs richesses respectives, négociant des contrats qui les avantageaient réciproquement chez eux, le jeune sire Liam et la demoiselle Malika se découvraient au travers le jeu millénaire de la séduction. Les joutes sensuelles qu’ils menaient à coup de mots et de regards s’éternisaient parfois jusqu’après la tombée de la nuit, en présence d’un chaperon qui ne préservait de leur intimité que l’espace de leurs murmures et leurs silences fiévreux. Lors, leurs regards trahissaient enfin leurs émotions profondes, sans masque ni barrière, au profit d’une obscurité rassurante qui leur inspirait quelques sursauts frondeurs… Qu’à chaque aube l’un et l’autre semblait oublier aussitôt ou couvrir de quelque discrédit que leur imposait la pudeur émotive de leur inexpérience.

    Mon âge avancé me permet de le deviner… me remémorant ma propre vie et devinant sans trop de mal les pas que chacun de ces deux jeunes gens firent dans cette troublante confrontation à l’autre sexe, et l’effervescence qui leur revenait en écho. Oui, je ne crois pas me tromper en disant que ces deux là plantèrent avec sincérité, esprit et générosité les graines d’un amour qui durera longtemps… si le destin se montre clément avec eux.

    Quoi qu’il en soit, leurs pères s’entendirent à les marier ensemble et profitant qu’ils se trouvèrent chez la future mariée et convenant que ce serait pour elle un grand bonheur de profiter de la présence de ses parents, qu’elle devrait quitter par la suite, et célébrer cela en sa terre natale, on commença dès lors les préparatifs du mariage, si tôt qu’on en avait informé les deux jeunes gens. L’entremise du tuteur de la demoiselle Malika ; le mage Avygeihl, n’était pas étrangère à tout cela je crois bien… et c’est tant mieux pour le jeune sire Liam.

    Cet homme là était un mystère tout entier. Sa silhouette sèche et élancée se devinait dans une robe ample brodée de fils d’argent et parfaitement coupée – comme sa barbe d’un brun profond – sobre en apparence et riche en qualité. Ses yeux semblaient n’avoir aucune couleur et toutes en même temps au gré de la luminosité changeante. Mais surtout, ils étaient pénétrants comme s’il lui suffisait d’eux pour lire en chacun de ceux sur qui il décidait de les poser. Il conseillait l’Emir depuis si longtemps que personne n’en avait souvenir et paraissait pourtant n’avoir pas subi les assauts du temps. Chose étrange s’il en est, il ne lui obéissait pas. Il parlait librement et sans contrainte jusqu’à l’insolence et cela mis à part, chacune de ses paroles étaient sagesse et raison, quoi qu’elles dépassaient parfois l’entendement… que nul ne semblait disposé à contester. On le disait magicien pratiquant des arts anciens et peut-être était-ce une part de la réponse, mais il y a davantage que cela, j’en jurerai.

    Il fallu près d’un mois pour préparer le mariage, pendant lequel on profita de les fiancer selon les coutumes en vigueur et de festoyer pour les honorer.

    Mais les véritables réjouissances, d’un faste extraordinaire et d’un rare raffinement, s’exprimèrent pleinement au cour du mariage lui-même. Lors, l’Emir Al’Kadir y avait convié des centaines d’invités parmi ses innombrables amis, vassaux et alliés. Il fut même dit qu’ils avaient tous été conviés et qu’aucun ne manquait qui furent invités. Le père de Liam concéda à celui de Malika que la cérémonie et l’ensemble de la fête se déroule selon leurs traditions mais que les rituels religieux soient conjointement célébrés par des prêtres de Mara, de sa suite, pour satisfaire aux coutumes brétonnes et de Morwha selon les cultes Rougegarde.

    Les festivités commencèrent trois jours avant le mariage même et se poursuivirent ensuite sur toute la semaine. Chaque jour, Malika changeait près de cinq fois de tenues et de parures, pour apparaître chaque fois plus radieuse et éblouissante. Les chanteurs, musiciens et danseuses animèrent ces jours de liesses avec une ferveur qui n’avait pas à rougir de ce qui se faisait en Hauteroche. Et les mets servis tutoyaient ce qu’on pouvait approcher le mieux de la définition du divin.

    Une pièce avait été prévue à l’effet des présents offerts aux mariés qui, passé quatre jour, ne suffit plus à tous les contenir. En faire la longue énumération est tâche bien ardue qui fut tenue par des scribes et dont je me garderai de faire la redondance ici. Il me faut seulement préciser que leur fut offert autant de bijoux qu’on peut en porter dans une vie et de tapis qu’on peut en couvrir un palais, que de montures de toute sorte. Si bien qu’on se demanda comment ils pourraient retourner chez eux en emmenant tout cela.

    Quant aux deux jeunes gens, il est à croire qu’ils étaient particulièrement épris l’un de l’autre pour accepter cette précipitation peu coutumière ou suffisamment sages pour savoir que leur statut leur imposait de se soumettre aux projets de leurs parents respectifs. Mais il nous sembla à tous qu’ils étaient heureux et profitèrent pleinement de ce mariage avec quelque pudeur et émotion, probablement impressionnés par la rapidité avec laquelle on prépara l’évènement et son ampleur.

    Lorsque le terme de leur séjour arriva, chacun de ceux qui se trouvaient dans la suite du Seigneur Faol, son fils et lui tout autant, fut achevé d’être convaincu que cette région recélait de délices à faire perdre la raison et la mesure du temps et qu’y vivre tenait d’une bénédiction des dieux. C’est du moins ce qui leur fut donné de voir ; ignorant bien évidemment toutes les réalités propres aux fiefs de par Tamriel qui doivent affronter des maux souvent semblables ; mais que l’on cache bien volontiers aux regards de ses invités. Grand bien leur fasse, ne vaut-il pas mieux toucher au bonheur une fois au moins, loin de ses propres maux, pour en conserver la mémoire délicieuse que le temps n’altérera que pour le rendre plus grand et immortel, nourrissant à jamais les rêves de tous ceux qui y auront goûtés ?

    Le retour n’en fut que plus heureux et lors, chacun l’affrontait avec davantage de détermination au regard des promesses et des souvenirs qu’ils ramenaient avec eux et avaient grande hâte de partager. Mais le destin ne crie jamais gare…

    A peine eurent-ils posé le pied sur leur terre que tout ce qui fut fait… commença dès lors à se défaire. Sans ménagement, le seigneur Riagal Faol et son fils Liam furent jetés en prison, et tous ceux de leur suite avec eux. Les ordres émanaient de messire Marius de Stillmoor qui régnait et règne encore sur le Comté voisin et partout où passèrent les infortunés prisonniers, ils virent des troupes portant sa livrée ou ses bannières. A l’évidence, il s’était rendu maître de la baronnie. Tous furent interloqués de ce qu’ils vivaient.

    Ils eurent bien le temps de s’interroger sur le sens de tout ceci dans l’humidité et l’obscurité des geôles, subissant l’odeur pestilentielle qui se dégageait des lieux souillés par le mélange sans âge du salpêtre et de la moisissure d’un lisier humain et animal propice aux maladies. Leur stupeur quant à elle ne cessa de grandir lorsque le capitaine du Comte vint les informer que la raison de leur engeôlement tenait à la grave trahison envers le Duché qu’avait commise mon sire et que le sire de Stillmoor avait été chargé par le Roi d’Ykalon de délivrer la justice. Et quelle justice…


    On l’accusa de toutes les vilenies. Selon ses accusateurs son voyage en l’Enclume n’avait autre but que d’y faire commerce, avec des seigneurs discrètement venus de Bordeciel, d’informations relevant de la sécurité du Grand Royaume de Hauteroche. Pis, il préparait la dissidence de son fief à l’alliance de Daguefilante pour offrir une tête de pont à quelques de ces envahisseurs qui le paieraient suffisamment bien. Et encore, qu’il s’apprêtait lui-même après s’être parjuré du traité de l'Alliance de Daguefilante qui le liait à l'autorité du Haut-Roi Emeric, à attaquer ses voisins, bons et nobles défenseurs du royaume d’Ykalon et du Grand Royaume de Hauteroche. Tout du long de ces allégations le visage du sire Riagal passa par l’ensemble des sentiments qu’un homme pouvait avoir en telle situation ; de l’incompréhension à la consternation, de la colère à l’hébétement…

    …Oui, de toutes sortes d’infamies et des preuves pour le moins douteuses furent amenées pour le confondre qui bien présentées suffirent. Et le procès ne fut pas bien long en vérité, car on y mit une suspecte diligence et mon sire Riagal Faol, Seigneur de Blanchesfalaises fut bien vite convaincu devant ses juges de sa culpabilité.

    Dès lors, ce qui advint était déjà écrit…

    En place publique où se tenait le tribunal, il fut déchu de tous ses droits et toutes ses prétentions… Certains de ses chevaliers le renièrent pour sauver leur propre vie ; car certains craignent davantage la mort que de la honte et les remords. Quant à ceux qui lui restèrent fidèles jusqu’au bout ils subirent le déshonneur selon les rites codifiés que je me dois de décrire pour témoigner de leur humiliation et de la dignité avec laquelle ils l’endurèrent.

    Tous furent montés sur un échafaud, sur la grand-place, de sorte qu’on les vit de toute part où quelqu’un avait pu se placer pour assister à cette tragédie. Ils étaient armés de toutes pièces et l’écu de chacun se trouvait accroché sur un pal devant lui, renversé la pointe en haut. Les hérauts d’armes clamèrent fort ce pourquoi ils étaient condamnés et les sentences prononcées contre eux. Cela fait, douze prêtres d’Arkay vinrent se placer de part et d’autres des chevaliers alignés. Le temps de la procession, on vit le regard de certains s’éteindre quand d’autres brûlaient encore d’une rage à peine contenue.

    Les clercs entamèrent la récitation de psaumes funèbres et à la fin de chacun d’entre eux ils faisaient une pause, tandis que les hérauts d’armes ôtaient lors une pièce de l’armure de chacun des condamnés, à commencer par le heaume. Les fidèles chevaliers du seigneur de Blanchesfalaises ne bougèrent point, tout le temps que cela dura, restant droits et fiers dans le supplice moral qu’on leur infligeait.

    Et à chaque fois qu’on les dépouillait d’une pièce, elle était nommée tel que ; “Ceci est le heaume du traître et déloyal chevalier” pour les détruire ensuite une à une devant l’assemblée fébrile et incrédule. Et lorsqu’il ne resta plus rien à ôter, que tout fut brisé, même les armes, on acheva le macabre rituel en cassant leurs écus en trois parties avec une masse. Par cet acte, on réussit à arracher aux pauvres hommes malgré tout leur courage, des pleurs qu’ils s’efforçaient de contenir quand l’émotion ne les submergeait pas totalement.

    Lors les prêtres se placèrent devant eux et prononcèrent de nouvelles prières rituelles contenant des malédictions et des imprécations contre les félons. Là, des écuyers s’approchèrent de chacun d’eux en portant une bassine d’eau et demandèrent trois fois, aux chevaliers, leur nom à haute voix, y répondant eux-mêmes sans attendre leur réponse et citant leur nom et la seigneurie qu’ils servaient. Et pour chacun, le héraut d’arme répondit en leur disant qu’ils se trompaient car ceux-là étaient des traîtres déloyaux et pour montrer à tous qu’ils disaient la vérité, demandaient publiquement aux juges, assis sur une estrade qui leur faisaient face plus loin, si c’était la vérité. Ce à quoi le plus vieux d’entre eux répondait enfin que ces chevaliers ne méritaient plus leur titre ni le respect et que pour leurs forfaits ils étaient dégradés et condamnés à mort… La foule elle-même était plongée dans un grand émoi car, si peu d’entre eux pouvaient imaginer ce que tout cela signifiait pour un chevalier, tous semblaient avoir conscience de la tragique gravité de ce à quoi ils assistaient.

    Et comme ils eurent à se baigner la veille au soir de leur adoubement pour se purifier le corps avant d’aller prier les dieux la nuit durant pour purger leur âme… on renversa, sur la tête et le corps des chevaliers déchus, l’eau des bassines pour les faire sortir de leur condition comme ils y étaient entrés.

    On leur infligea lors une nouvelle torture, moquant leur impuissance, en amenant, enchaîné, le sire Riagal Faol qui eut à entendre les hérauts d’armes dirent haut toutes les infamies dont il avait été précédemment convaincu et la sentence du tribunal. Il eut à peine le temps de dire fort son innocence et que son honneur à lui était sauf et devant tous, au premier rang desquels étaient ses chevaliers – même ceux qui l’avaient lâché et dans les yeux desquels on vit les premiers remords – il fut mis à genoux et sa tête posée sur le billot. Sans attendre, la hache s’abattit, impitoyable, sur son cou dégagé… et le bourreau exhiba la tête aux yeux révulsés pour preuve de son oeuvre.

    Après quoi ses chevaliers dégradés furent descendus chacun de l’échafaud, non par l’escalier qu’ils avaient emprunté pour y monter, mais en les attachant avec des cordes passées sous leurs bras pour les porter jusqu’à terre. Ils furent ensuite traînés en se frayant un chemin dans la foule compacte et conduits à la potence montée aux portes de la cité. C’est là qu’on vit pour la première fois dans les yeux de certains d’entre eux, la peur… prenant conscience que la fin était arrivée et que rien n’y ferait. Je saisis moi-même le regard de quelques-uns que je connaissais bien et qui semblaient chercher parmi les spectateurs ; qui sa femme et ses enfants, qui un proche ami, pour ne pas mourir sans les avoir vu une ultime fois et trouver peut-être quelque courage à rester digne jusqu’au bout. Là, ils furent pendus, scellant le dernier acte public de cette funeste journée.


    Ne furent ainsi traités qu’une vingtaine de chevaliers ; ceux qui avaient escortés mon sire Riagal et son fils Liam lors de leur voyage pour Lenclume et d’autres qui veillaient sur leur chateau ou s’étaient opposés Duc. Les sergents d’armes et autres combattants avaient quant à eux été relâchés. Et beaucoup de chevaliers avaient réchappé à cela, qui lors se trouvaient par les routes,  hors de la baronnie ou encore au repos dans leur foyer. Mais c’est bien maigre et triste consolation pour ceux qui payèrent de leur vie leur sens de l’honneur…

    Ma main tremble encore en écrivant ces lignes, lors que fermant les yeux je revois toutes ces images qui provoquent en moi une profonde affliction. Mais c’est une moindre peine – du moins osais-je l’espérer – que celle qu’endura le jeune sire Liam qui ne vit rien de cela, étant enfermé dans un cachot. Le destin cessa là de s’acharner trop cruellement sur lui, peut-être le signe que quelque dieu veillait encore sur cette Maison…

    Il fut libéré une semaine après cela. Et bien qu’ayant été dépouillé de presque tout, on lui signifia que le Roi d’Ykalon avait considéré favorablement la requête du Comte Pase de Valserein qui avait demandé pour lui qu’il put rester chevalier et garder le blason de sa maison.  A la condition qu’il prête allégeance au Grand Royaume de Hauteroche et à ceci près qu’étant déchu de ses droits et sa Maison tombée en disgrâce, il était privé des armoiries de sa Maison. On l’autorisa néanmoins à composer les siennes. C’était bien maigre consolation au regard de tout ce qui fut piétiné ces jours-là et perdu… peut-être à jamais. Après cela, on l’emmena sous bonne escorte jusqu’aux frontières de la seigneurie de Blanchesfalaises et on l’en bannit.

    Du reste, cette dernière fut absorbée par le royaume d'Ykalon avec la bénédiction du Haut-Roi Emeric.

    Cependant qu’une bonne nouvelle peut parfois en précéder une autre, son plus grand soulagement fut de voir arriver, au devant de lui après des heures d’errances sur sa monture, sa jeune épouse ; la demoiselle Malika et le mage Avygeihl. Ce dernier l’avait sauvé de l’enfermement par quelque procédé qu’il n’expliqua pas et emmené loin de là pour la mettre à l’abri où ils attendirent que le jeune sire Liam fut libéré pour le retrouver.

    Savait-il avant même être parti de l’Enclume que tout ceci adviendrait ? C’est certes parfaitement insensé, je le reconnais et si un autre le prétendait, je prêterai ses propos à la folie. Pourtant, je ne peux m’empêcher de le penser…

    Le mage s’entretint longuement avec lui et lorsqu’ils revinrent auprès de dame Malika Al’Kadir, Liam lui fit des adieux amers qui leur coûtèrent beaucoup à tous deux. Je ne sais pas ce qui fut dit sinon que la jeune femme allait partir de son côté, avec son ancien tuteur et que le jeune sire Liam irait seul du sien. Il était question de laisser le temps au temps… de préserver Malika, de laisser Liam rencontrer son destin… et laisser le brasier de cette sombre affaire se consumer jusqu’aux cendres. L’Eruption allait, d’une certaine façon, y participer…

    Quatre années passèrent sans qu’ils ne se soient vu entre temps. Et c’est dans un village des landes de Glenumbra qu’ils se retrouvèrent. Ces quatre années feront, plus tard, l’objet d’une autre partie de la chronique de la Maison Faol écrite sous ma plume.

    Comme ils se quittèrent, le jeune sire Liam et son épouse Malika se retrouvèrent ; croisant leurs regards dans un silence pesant. A cheval sur un coursier à la jolie couleur bai, bien entretenu mais au harnachement vétuste, il se tenait droit. Son regard fier, bleu comme les glaciers se promena sur le corps de la jeune femme. Il y avait une mélancolie palpable dans ses yeux et quelque chose d’abîmé ; la foi peut-être, la candeur, certainement. Les printemps écoulés avaient marqués sa peau des signes de l’expérience et on devinait aisément que son corps devait porter les stigmates de quelques batailles. Ses cheveux ni courts, ni longs, sommairement entretenus s’offraient aux caresses du vent. Sa silhouette s’était affinée, trahissant une perte de poids qui s’expliquait certainement par un appétit perdu mais ses avant-bras nus parcourus de muscles noueux racontaient pour lui les heures passées à s’entraîner. Mais sur ses épaules on sentait comme un poids – peut-être la fatigue, peut-être sa peine – ; malgré cela, il gardait une allure noble. A sa taille, un baudrier d’arme autrefois de belle facture était maintenant élimé et bien abîmé à force d’aventures. Il accueillait les passants des fourreaux de son épée et de sa dague qui semblaient de qualité mais dépouillée d’ornements superflues. La sobriété et la pauvreté apparente de son état étaient au diapason de ce qu’on lisait sur son visage ; un homme tristement affecté et animé par une soif de vérité.

    Les lieux s’étaient illuminés dès l’arrivée de la dame Malika, dont la beauté ne cessait de croître. Il fallait croire que certaines beautés ne cessent jamais de fleurir… Le coeur des hommes s’arrêtait à chaque battement de ses cils, le temps paraissait se suspendre à sa lente respiration ; instants de grâce où s’envolait la raison. Les soupirs se laissaient choir au sol comme un tapis d’honneur ; car chaque pas que sa monture faisait, offrait à voir le balancement félin de ses hanches sur la selle. Sa chevelure tombant en cascade sur ses épaules, rougeoyantes comme un soleil mourant sur la mer de sa peau de miel, achevait d’embraser les passions… Mais dans son regard qui ne quitta pas Liam depuis le moment où ils s’étaient aperçus, il y avait une douce compassion et de l’inquiétude… mais plus profond, un voile parfois passait dans ses yeux, celui d’un désarroi mal contenu, qu’elle tentait vainement de cacher aux spectateurs attentifs…

    Elle semblait être le phare guidant un navire mal en point vers la sécurité d’un port comme il désespérait d’en trouver. Comme il était saisissant de voir que lui avait tant perdu de sa superbe pour ne garder, il fallait l’espérer, que l’essentiel… quand elle ne semblait avoir manqué de rien ni eut à souffrir de ces évènements autrement que dans son coeur ?

    Il parut à certains qu’ils se dirent tout en ne se disant rien et sans rompre le silence, il s’avança plus proche d’elle et caressa doucement sa joue avant de déposer un baiser sur l’autre. Nul ne peut dire la portée de ceci, ni ce qu’il adviendra d’eux dans le futur, mais il était certain que sous le regard de maître Avygeihl, il ne fallait pas s’attendre à ce que ce soit anodin. Et derrière ce seul baiser il y avait milles promesses que rien ne viendrait rompre.

    Le fils de feu sire Riagal poussa sa monture à avancer jusqu’à un homme d’arme qui tenait une lance et il déroula une grande bannière, ornée d’un majestueux loup rampant, à laquelle il l’attacha fermement. Et s’en saisissant il leva haut sa bannière et dessina un cercle à cheval avant de s’adresser à tous ;

    “Je suis Liam Faol, chevalier banneret du grand royaume de Hauteroche et voici ma bannière ! Quiconque croit en moi et en mon “nom”… me donnera sa loyauté… me servira avec honnêteté… recevra en retour noble et honorable traitement. Nous courrons la gloire et la richesse. Nous livrerons nombres de batailles pour servir dignement le Haut-Roi Emeric… Ce que je gagnerai je le partagerai… et ce que je retrouverai je l’utiliserai de la même façon que ceux de ma lignée qui firent notre renommée. Je n’oublierai rien et me souviendrai de ceux qui m’auront soutenu !”

    Ils étaient peu mais ils étaient là et lorsqu’ils reprirent la route, c’était sous une nouvelle bannière, pleins d’espoirs et d’ambitions. Lors, nul ne doutait que bientôt ils seraient plus nombreux et qu’ils auraient tous, leur revanche sur le destin… Mais ce sera dans la douleur et dans le sang. Car je l’ai dit ; demain sera sombre ; la joie et la peine se mêleront intimement de sorte qu’ils ne présumeront jamais de l’avenir et chériront l’espoir comme un nouveau dieu.


    De tout cela je peux attester que c’est bien la vérité… car ce que j’ai écrit, je l’ai vécu auprès de feu mon sire Riagal Faol, qui fut j’ose le croire un ami, et de son fils.


    Ronan de Bassecombe
    Clerc de Julianos, Chroniqueur de la Maison Faol.


    Dernière édition par Liam Faol le Lun 27 Jan - 22:21, édité 1 fois


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