The Elder Scrolls Online - Roleplay

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    La dame des douleurs

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    Kushumae

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    La dame des douleurs

    Message par Kushumae le Dim 26 Jan - 22:07

    Première partie : Deux âmes qui s’unissent dans la foi (2E 572)

    Debout sur son promontoire qui surplombait la cité de Maar gan, Kushumae profitait des dernières heures de la journée avant que Masser et Secunda n’apparaissent à l’horizon. Survivants d’une tempête qui s’était levée un peu plus tôt, les derniers flocons de cendres qui s’échappaient du Mont écarlate s’emmêlèrent dans les cheveux touffus de la jeune dunmer. Le volcan à l’horizon participait à rendre l’air chaud et humide, spécialement en cette fin de matinée d’hautzénith et les cendres s’étaient déposées en un voile qui couvrait la vallée de gris. En contrebas sous cette couche de suie se profilait la vie des habitants de Maar gan pour qui les tempêtes de ce genre étaient leur quotidien. Les artisans s’affairaient à leurs tâches ; l’un tapait du fer à l’aide d’un imposant marteau et le fracas métallique se répercutait en écho dans les falaises, l’autre coupait un tronçon d’arbre gris et sec que l’on trouvait le long des routes de Vvardenfell qui gémissait en craquements à chaque mouvement de la lourde hache. Moins perceptible mais tout aussi présent s’élevait le brouhaha de la ville qui, en tendant bien l’oreille, laissait échapper quelques insouciant secrets concernant un quelconque mari cocu.

    Aisément reconnaissable grâce à ses maisons toutes en rondeurs inspirée de la carapace d’un animal marin, la ville était de construction Redoran. Les Cendrais de la tribu des Assinammubi s’étaient installés non loin pour troquer la viande et les peaux de ses élevages contre les denrées de la ville. De là ou se trouvait Kushumae, elle pouvait aisément apercevoir le sommet des tentes en cuir de ses semblables et déjà sentir le fumet du ragout de guar, prémices du souper à venir. Sa curiosité vaincue par sa faim et guidée par son odorat, elle fit demi-tour en laissant de profondes traces de pas dans la cendre. C’était une dunmer qui ne faisait pas ses trente étés. D’insolents cheveux d’une rousseur éclatante tombaient par grosse touffe sur ses frêles épaules dont la luminosité contrastait avec sa peau grise tourterelle. Un sourire espiègle ornait son visage et ses yeux compatissant, au regard constamment interrogateur, adoucissaient ses traits sévères de dunmer. Son visage portait les peintures caractéristiques de son clan. Kushumae n’était pas considérée comme une jolie femme avec ses hanches trop plantureuses qui lui donnaient une silhouette en pyramide, ses taches de rousseur qui lui rongeaient les joues et ses traits quelconques mais dans sa tribu, seule comptait la force de ses bras et la vivacité de son esprit.

    Elle passa par de nombreuses plateformes naturelles taillées dans le roc qui rendaient la descente moins abrupte et la jeune dunmer sautait de l’une à l’autre avec l’agilité d’une chèvre des montagnes. La plaine aride ou s’était installée la tribu nomade s’étendait en longueur en-dessous du pic rocheux. La terre de sienne se mélangeait au gris de la suie et les faibles bourrasques soulevaient des nuages de poussières ici et là. La couche de cendre fraiche était piétinée par les passages incessants des chasseurs, des artisans et des enfants qui passaient les dernières heures de la journée à s’amuser, libérés de tous travaux. Devant ces derniers couraient les scribs qui tentaient d’échapper à leurs jeux cruels. Le ciel s’étendait sans nuages, grisâtre, et dont les nuances changeaient au fur et à mesure que le soleil déclinait, passant du jaune au rose pour finir par le rouge. À l’horizon s’élevait la porte des âmes qui gardait les secrets de la montagne rouge grâce à une petite garnison d’exaltés et d’ordonnateurs.

    Kushumae s’avançait sur le chemin central et par extension le plus emprunté qui menait directement à la tente du Khan des cendres. Elle évita un jeune dunmer excité qui courait tout en tenant sa proie encore gigotante entre les mains puis passa sa tête par le rabat entr’ouvert de la tente.

    -Kushumae ! s’écria son frère dès qu’il la vit. Il était assis devant le feu crépitant qui maintenait à bonne température le ragoût de guar accroché juste au-dessus. La dunmer, accaparée par la délicieuse odeur qui s’échappait du repas, avait du mal à lui accorder de l’attention. Son frère jumeau, Shabinbael, partageait les mêmes traits que Kushumae. C’était un jeune homme puissamment bâtis à cause de ses entraînements martiaux et du travail quotidien qui faisait partie des obligations des membres de sa tribu. Il était aussi roux que sa sœur et ses cheveux, rasés sur les côtés, étaient attachés en une natte qui descendait le long de son cou. À ses côtés se tenait Addamus, le khan des cendres de la tribu des Assinammubi, un très vieux dunmer à la peau, aux cheveux et aux yeux aussi gris que la cendre qui entourait leur quotidien. De profonds sillons étaient creusés sur son visage et, là où il avait perdu en force et en beauté, il l’avait gagné en charisme et en sagesse. C’est mère. Elle a besoin d’aide !

    Shabinbael s’exprimait avec un ton peiné qui ne lui ressemblait pas.
    Allongée par terre, un bol de ragoût à demi renversé sur sa tunique, Mamaea Maésa était prise de spasmes violents. Ses yeux révulsés n’étaient plus que deux fentes noire et de la bave coulait de ses fines lèvres gercées qui s’agitaient en murmurant des plaintes d’outre-tombe. C’était une vieille dunmer dont les cheveux auburn s’étaient parsemés de gris et seuls ses ornements en or et en argent attestaient de sa haute fonction dans le clan des Assinammubi.

    -Doucement, mère, bafouilla la dunmer en s’abaissant. Elle déposa délicatement la tête de la vieille femme sur ses genoux tandis qu’elle fouillait dans sa sacoche pour en ressortir une plante noire et décharnée. C’était une branche d’étouffe-herbe, un arbuste qui servait de stimulant dans la plupart des décoctions. Kushumae effrita quelques feuilles au-dessus du nez de Mamaea qui toussa faiblement, puis attendit que ses propriétés fassent effet.
    -Ses cauchemars continuent ?
    Elle leva la tête et regarda son frère pour qui la question était destinée. Ce dernier balança sa tête de haut en bas, les lèvres pincées, pour signifier que c’était le cas. La dunmer crispa sa mâchoire d’irritation.
    -Maudit soit Vaermina ! Elle ne peut pas laisser notre mère tranquille ?!
    Les yeux à demi fermés, Mamaea ouvrit la bouche et reprit subitement son souffle. Un grand râle accompagna son inspiration, ce qui inquiéta fortement Kushumae. Elle posa ses yeux fatigués sur sa fille, un air désolé sur le visage.
    -Ce n’est pas Vaermina qui perturbe mon sommeil, Mae, murmura sa mère avec difficulté. Ni mes journées, puisqu’il semble que cela devienne de pire en pire. Non, je le vois de mieux en mieux chaque jour qui passe. Je vois des ancres, des sombres ancres rongées par les vers. C’est Molag Bal qui doit s’attirer nos foudres.

    Son assistance interloquée avait toute son attention. Addamus avait froncé les sourcils tout en aspirant des petites bouffées de sa pipe en ivoire, relativement calme en apparence. Kushumae, elle, bouillonnait de rage. Les quatre coins de la maison des troubles s’amusaient encore avec leur peuple et la dunmer trouvait cela inacceptable que leurs agissements retombent sur sa mère jusqu’à la rendre aussi faible. Ce n’était pas de la faute de Mamaea, bien entendu, et ce qui lui arrivait était uniquement dû à son statut et à son pouvoir très particulier. Mamaea Maésa était la conseillère du Khan des cendres, la gardienne du savoir et la prophétesse du monde invisible, autrement dit la sage-femme des Assinammubi. Maître du mysticisme, sa tribu était habituée à ses visions et à ses prophéties mais ce qui lui arrivait maintenant n’avait pas d’antécédents.

    -Quelque chose est en train de se produire. Soyez vigilants, mes enfants , termina Mamaea avant de fermer les yeux et de sombrer dans un sommeil réparateur.
    -Va chercher Zura, intervint Kushumae après un long silence.

    Sans dire un mot, son frère s’exécuta et quitta la tente, le front plissé à cause de son inquiétude. Kushumae en profita pour poser une pile de fourrure derrière la tête de sa mère et prit un vieux torchon pour essuyer le ragoût qui avait taché sa robe. Elle redressa le bol qui avait basculé sur le sol et tout en s’asseyant confortablement, la dunmer rajouta une cuillerée de ragoût à l’intérieur. Alléchée par l’odeur, elle en avala des cuillères entières. C’est à ce moment-là qu’Addamus décida d’intervenir.

    -Ta mère devient de plus en plus faible.
    Kushumae lui envoya un regard noir. Le vieux dunmer continua, toujours aussi calme.
    -Tu sais comme moi qu’elle ne vivra plus très longtemps. Il faut que tu acceptes ton héritage, Mae. C’est ce qu’elle aurait voulu, et tu le sais aussi. Si tu ne te prépare pas, tes visions pourraient apparaître n’importe quand et de manière encore plus chaotique. Je ne sais pas ce qu’il se trame là-haut, fit Addamus en désignant le plafond d’un doigt tendu et Kushumae comprit directement qu’il faisait allusion au Néant. Mais si c’est l’œuvre de Molag bal, il t’arrivera la même chose que ta mère.
    -Vous n’êtes pas mon père.
    -Mais je suis ton Khan. Tu devrais m’écouter mais tu n’en fais qu’à ta tête. Même si tu ressembles exactement à ton frère, tu n’as pas été doté de sa sagesse.
    -C’est ce que mère a dit, fit la dunmer en haussant des épaules. Elle pense qu’elle a enfanté un seul être mais que son âme a été divisée en deux. On a chacun du avoir un fragment de sa personnalité. Dommage pour vous, on dirait que je n’ai pas eu la bonne.
    Elle ponctua ses paroles d’un sourire insolent. Addamus enfonça sa pipe dans sa bouche d’un air las. Subitement, le rabat de la tente s’ouvrit pour laisser passer la cendre du mont écarlate et les rayons déclinants du soleil couchant. Shabinbael s’avança à l’intérieur en s’époussetant.
    -Encore en train de vous disputer ?
    Kushumae avala prestement le gros morceau d’intestin de Guar qu’elle était en train de mâchouiller puis répondit à son frère avec désinvolture.
    -Je ne me dispute qu’avec toi, frérot.
    -C’est faux ! Intervint une voix féminine. Combien de fois s’est-on querellé sur l’utilité de telle ou telle plante ? Tu sais pourtant bien que c’est moi la spécialiste.

    La dénommée Zura apparut sur le seuil de la tente à la suite de Shabinbael. C’était une dunmer petite et menue aux yeux vifs et étincelants et aux cheveux châtains. Elle possédait un éternel sourire en coin qui la rendait extrêmement sympathique. C’était la coqueluche du village mais il fallait avouer qu’elle était plutôt jolie. A ses côtés se balançait une sacoche remplie d’herbes. Kushumae savait que son frère en était amoureux mais ce grand dadais n’avait jamais eu l’audace de le lui avouer, ce qui la faisait sourire inexplicablement à chaque fois qu’elle était en sa présence.

    -Zura Zenammu, on ne parle pas comme ça à sa prochaine sage-femme ! Plaisanta la dunmer.
    -Vous êtes d’une insolence, Kushumae Maésa. Je ne sais pas si j’aurais envie de vous écouter, répondit son amie en riant. Elle salua Addamus avant de poser le regard sur Mamaea qui dormait paisiblement et son expression devint soucieuse. Zura s’approcha d’elle pour prendre son pouls. Sans se départir de son anxiété, elle sortit de sa sacoche quelques plantes récemment cueillies et en fit de la pâte à l’aide d’un mortier qu’elle dilua avec un peu d’eau chaude.

    -C’est comme d’habitude, finit-elle par dire. Elle est épuisée… Ce qui lui arrive doit être éprouvant. Et puis, il ne faut pas oublier qu’elle n’est plus toute jeune. Elle va s’en sortir, mais elle est très faible. Quand elle se réveillera, il faudra lui faire boire cette décoction qui soulagera ses douleurs. Je n’ai rien d’autre à proposer malheureusement, ce qui lui arrive dépasse mes compétences.
    -Merci Zura. J’aurais aimé avoir ne fut-ce que la moitié de tes talents pour pouvoir l’aider moi-même.
    -Tu as d’autres choses à faire pour t’occuper l’esprit, Mae, déclara son amie. Des choses plus utile au clan que la science des herbes, même si tu t’empresse de m’aider à chaque fois. D’ailleurs, je vois que ta sacoche n’est pas très rebondie. Tu n’étais pas sensé partir récolter des plantes, aujourd’hui ?
    -Elle passe son temps sur la montagne au nord, à regarder les citadins, avoua Shabinbael, ce qui mit la dunmer dans l’embarras. Tu as envie de vivre avec eux, Mae ?
    -Mon pauvre frère a perdu l’esprit, grommela la dunmer. Elle reprit sur un ton plus énergique. Bien sûr que non, Bael ! Je ne voudrais pas quitter mon stupide frère, il a besoin de moi.

    L’ambiance était légère malgré l’incident et les trois dunmers conversaient des derniers sujets à la mode tout en se servant du ragout. En fin de soirée, Addamus se leva, mains sur les genoux tout en faisant craquer ses vieilles articulations et s’adressa au petit groupe d’un ton autoritaire. L’heure se faisait tardive et le vieux Khan autant que la sage-femme avaient besoin de repos. À l’extérieur, le ciel s’était définitivement coloré en bleu et les deux lunes éclairaient les plaines de cendre presque aussi bien que l’aurait fait Magnus. Sans rechigner, les jeunes dunmer firent demi-tour et retournèrent à leurs tentes respectives pour passer la nuit.

    Les jours qui suivirent furent tous aussi monotones pour Kushumae qui, pour s’y soustraire, se perdait dans la contemplation de Maar gan. Le bruit de la ville, les personnalités qui y séjournaient, les soldats en armures Redoran et les produits des marchands, exotiques ou pas la fascinait. Chez eux, le mazte coulait à flot, alors que c’était une marchandise qui s’acquérait difficilement parmi les cendrais. Elle n’avait pas l’intention de se mêler aux citadins puisque les deux peuples se vouaient une haine réciproque mais ça ne l’empêchait pas de rêver devant les étoffes luxueuses et leurs meilleures conditions de vie. Lorsqu’elle ne se perdait pas dans ses pensées, Kushumae restait avec sa mère à la santé déclinante et apprenait les arcanes du mysticisme. Le culte des ancêtres était une part importante de leurs pratiques et l’un des devoirs de la dunmer était de leurs rendre hommage. Comme les Urshilakus, les Assinammubi étaient aussi de fervents partisans du culte de Nérévarine bien que la plupart des autres clans cendrais pensaient que ce n’était qu’une vieille légende idiote. Kushumae était donc formée à reprendre les coutumes de son peuple et à connaître les prophéties qui entouraient le Nérévarine, ainsi qu’à divulguer l’histoire des dunmers qui allait totalement à l’encontre de la version du tribunal. C’était une tâche réservée à la sage-femme et au guerrier-protecteur du culte qui était aussi le Khan des cendres. Les chasseurs, guerriers et artisans s’occupaient de leur côté des besoins les plus urgents de la tribu.

    Shabinbael, lui, était un gula-khan prometteur. C’était un guerrier qui protégeait le Khan car il faisait partie des meilleurs de la tribu mais il était aussi dans les bonnes grâces d’Addamus. Ce dernier étant très âgé, le frère de Kushumae était tout indiqué pour reprendre son flambeau. Il était un très bon combattant et, à l’inverse de sa sœur, Shabinbael était patient et mesuré. On ne pouvait pas trouver plus ressemblant physiquement dans tout Vvardenfel bien qu’au niveau du caractère, le frère et la sœur étaient aussi différent que Masser l’était à Secunda. Ils étaient pourtant inséparables et, à part lorsqu’on leur donnait une tâche précise, personne ne les voyait jamais l’un sans l’autre. Pas un cendrais dans la tribu n’aurait été étonné si un mage sortit de nulle part leur expliquait qu’ils ne faisaient partie que d’une seule et même personne mais qu’ils avaient été séparé à la naissance par un caprice de Mephala, laissant les deux jumeaux en possession d’une moitié d’âme chacun. C’était, pour la plupart des cas, des explications abracadabrantes pour essayer de comprendre ce phénomène assez rare bien que les concernés approuvaient souvent ces théories en assumant que la vie serait impossible sans leur autre moitié.

    Un jour de grande animation, les habitants de Maar gan aperçurent avec soulagement que les cendrais qui s’étaient installés près de chez eux se préparaient à partir. C’était un peuple nomade qui ne restait pas longtemps au même endroit car une fois que leurs marchandises avaient été écoulées et que l’herbe rêche qui poussait sous la cendre avait été arrachée par les Guars de leur élevage, ils empaquetaient leurs affaires et voyageaient vers des terres plus clémentes. Les huttes avaient été démontées et attachée sur le dos des Guars et les enclos temporaires qu’ils avaient construits durant leur séjour étaient retirés du sol. Kushumae, insensible à l’agitation ambiante, marchait au milieu d’un chemin fréquenté dont la cendre avait été piétinée par les passages incessants des membres de sa tribu. Tout le monde s’activait autour d’elle comme des fourmis travailleuses. Les bêtes de sommes portaient une grande quantité d’armes, de coutils, d’igname des cendres et de bouteilles de maztes, signe que leur troc avait été fructueux. Après avoir fait un détour pour s’assurer qu’il n’y avait aucuns retardataires, la dunmer rejoignit tranquillement son frère qui était occupé à harnacher un traîneau sur l’un de leur Guar personnel.

    -J’espère qu’on ne rencontrera rien sur le chemin. Tu savais que les Urshilakus ont eu des problèmes avec les Akavirois ? s’enquit Kushumae tout en mastiquant une feuille coriace de Plume-Lo.
    -Comment le sais-tu ? Tu communique avec eux, à présent ?
    -Non, non. J’ai entendu dire que les cendrais du nord étaient en difficulté, et ça me semblait logique qu’ils parlaient des Urshilakus, voilà tout. Nous sommes justes au sud de leur campement, Bael !
    -Tu ne devrais pas t’intéresser autant à ces gens de la ville, soupira son frère. Ils sont sournois et malhonnêtes.
    -Je ne m’en approche pas ! s’insurgea Kushumae. Pas trop. J’ai juste troqué un collier contre un peu de nourriture. Mais maintenant que j’y pense, je crois que ce marchand espérait qu’il nous arrive la même chose en évoquant cette escarmouche.

    Shabinbael lui lança un regard entendu pendant qu’il continuait son travail. Kushumae attendit à côté de leur attelage tout en pelant les feuilles de son Plume-Lo sans appétit. Une fois qu’il termina de sangler le reptile bipède, son frère s’approcha d’elle et secoua doucement la tête, compatissant.

    -Kushumae, il ne nous arrivera rien. Je te le promets. Viens par ici, dit-il en attirant sa sœur près de lui. Il lui serra la main pour former un signe qu’ils répétaient depuis leur enfance. Deux âmes qui s’unissent dans la foi. Nous ne craignons rien, tant que nous restons ensemble.
    -Deux âmes qui s’unissent dans la foi, répéta la dunmer à l’unisson et un sourire éclaira son visage à l’idée de pouvoir compter sur son frère, maintenant et pour toujours.

    Lorsque les chasseurs terminèrent d’affûter leurs armes, lorsque les artisans terminèrent de ranger leurs outils et que les mères de familles avaient enfin réussis à mettre leurs enfants au pas, la sage-femme s’assit sur le traineau préparé à son intention et le Khan des cendres, qui était en tête du convoi, ordonna à la tribu de se mettre en mouvement. La terre tremblait après chaque pas des Guar lourdement chargés et la cendre qui tapissait les environs du mont écarlate se soulevait à leur passage, tachant les bottes et les vêtements des cendrais alors qu’ils se dirigeaient vers la faille de l’ouest.


    Dernière édition par Kushumae le Sam 29 Mar - 21:30, édité 5 fois
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    Re: La dame des douleurs

    Message par Kushumae le Sam 29 Mar - 5:23

    Deuxième partie : Ses sombres desseins

    Le convoi s’était mis en marche il y a plusieurs jours de cela et pourtant le paysage ne changeait pas d’un iota. Les terres-cendre de Vvardenfell étaient toujours aussi mornes et dangereuses ; les rochers ocre et escarpés semblable aux crocs d’un animal gigantesque s’élevaient à l’horizon comme pour dissuader les inconscients de mettre les pieds dans une contrée aussi inhospitalière. Il y avait bien deux ou trois arbres gris qui parsemaient les landes rocailleuses des terres-cendre mais la plupart étaient morts depuis bien longtemps. Des ruines contemporaines des Chimers s’élevaient ici et là, égaillant le paysage de leurs couleurs éclatantes lorsque le nuage de cendre daignait les montrer sous le souffle d’une bourrasque de vent.

    Haut dans le ciel, l’œil de Magnus veillait sur les dunmer qui luttaient contre la cendre et la chaleur du volcan, éclairant le firmament qui avait pris une teinte écarlate. Pour rejoindre la faille de l’ouest, les Assinammubi étaient obligés de longer les montagnes de Bal Isra et de faire une courte halte à Ald’ruhn où ils se feraient à contrecœur contrôler par leurs frères dunmer. Les cendrais n’étaient pas mieux traités que du bétail à cause de leurs croyances et, même si certaines des grandes maisons les ignoraient purement et simplement, la plupart des citoyens Dunmer ne voyaient pas d’un très bon œil leurs aller et venues sur leur territoire. Ils étaient dérangés au moindre accroc ; ce qui ne serait pas le cas de la tribu de Kushumae car leur cargaison était tout ce qu’il y avait de plus réglementaire, du moins l’espérait-elle. Ses semblables n’étaient pas à l’abri d’un soldat malintentionné qui les ferait mettre pied à terre une semaine entière tout en laissant leurs Guars dépérir et leurs marchandises pourrir uniquement pour s’amuser. Tel était la vie de sa tribu et de tous les autres Cendrais de Vvardenfell et du continent qui faisaient preuve de la même répulsion à l’égard de ceux qui les réprimaient.

    Mais Ald’ruhn n’était pour l’instant qu’une destination lointaine. Leur tribu était composée d’une cinquantaine de membres, enfants compris, et même si ce nombre n’était pas très grand, leur convoi voyageait beaucoup moins vite qu’une personne isolée. Ils étaient ralentis par les besoin de leurs bêtes de somme ainsi que par les tempêtes de cendres qui se levaient de manière imprévisible. Chaque soir, leurs tentes étaient remontées pour passer la nuit et même si les cendrais étaient rodés à ces démontages incessants, les préparations prenaient toujours beaucoup de temps, tant et si bien qu’il leur fallu une semaine entière pour apercevoir la fin du défilé des pierres levés qu’ils atteignirent en fin de soirée.

    Comme à son habitude, Kushumae partait toujours en exploration lorsque les Cendrais s’arrêtaient pour poser le camp, une tâche qu’elle considérait au-delà de l’ennui. En marchant entre deux pierres dressées aussi pointues que les fers d’une lance, elle imaginait son frère s’occuper de ses propres tâches tout en insistant sur le caractère important de celles-ci, ce qui lui fit lâcher un petit rire espiègle.

    -Oh, Bael, à faire sans cesse ces tâches ennuyantes, tu deviens de plus en plus comme Addamus.
    -Ennuyantes mais importantes, Intervint son frère derrière son dos, ce qui surprit Kushumae. Elle se retourna vivement, ébahie. A cause des puissantes bourrasques de vent, elle n’avait pas remarqué qu’il la suivait.
    -Tu n’es pas drôle. Comment fais-tu pour me retrouver à chaque fois ?
    -L’instinct du grand frère. Quoi qu’il en soit, nous avons passé l’âge de jouer à cache-cache, Mae ! Nous avons des tâches à accomplir, et tu le sais bien.
    -Chut, fit la dunmer en posant un doigt sur ses lèvres pour contraindre son frère au silence. Tais-toi et regarde.

    Kushumae lui adressa un ultime sourire canaille avant de se tourner vers la lande rocailleuse. Elle ferma les yeux et inspira profondément. Après avoir murmuré une incantation daedrique, les cailloux qui l’entouraient tressaillirent et s’élevèrent lentement dans les airs. Les traits crispés, la dunmer devait garder une concentration maximale pour étendre autant  son sort de télékinésie, ce qui fit naître une gouttelette de sueur à la base de son front.

    Son frère assit sur une pierre plate la regardait avec agacement. Il était conscient de son potentiel mais ses frasques avaient tendance à l’irriter. La moue boudeuse, il attendit patiemment que sa sœur termine ce qu’elle avait en tête. Autour d’eux, les bourrasques se faisaient de plus en plus violentes et soulevaient des nuages de cendres qui obstruaient leur vision. Leur campement fut rapidement hors de vue et l’air devenait de plus en plus difficile à respirer, ce qui ne semblait pas déranger la dunmer concentrée.

    Finalement, Shabinbael se leva, décidé à mettre un terme à son sortilège, mais un mouvement dans la tempête capta son regard. Il esquiva in extremis la lame qui s’était abattue sur lui dans un cri étouffé.

    -Kushumae ! Grogna le dunmer en tombant dans la cendre. Déconcertée, Kushumae perdit une partie des cailloux qu’elle soutenait. Alertée par le cri de son frère, elle envoya dans un mouvement ample ce qu’il restait sur son agresseur. Un cri étranglé l’informa que la pluie de cailloux l’avait bel et bien touché.

    Shabinbael profita de ce répit pour se relever. Il était couvert de cendre et de fort méchante humeur. Son matériel était resté au camp et la dague qu’il venait de dégainer était tout ce qu’il avait sur lui. Il disparut dans la tempête à son tour pour plaquer son adversaire au sol et le poignarder avec fureur. Dès que les cris cessèrent, Kushumae s’approcha timidement de son frère pour constater avec horreur qu’il combattait une abomination. Le cadavre allongé sur le sol était celui d’un être humanoïde à écaille qui n’avait rien d’un argonien ; sa tête de serpent dardait sur eux des yeux noirs et vide et une longue et fine langue bipide pendait de sa gueule couverte de sang. L’armure qu’il portait était tout aussi étrange. Très exotique, elle était composée de plaque de métal fixée les unes par-dessus les autres. La dunmer fixait son frère les yeux écarquillés. Elle n’avait jamais vu de pareilles créatures par ici mais, tout comme ce dernier, elle savait très bien ce que cela signifiait.

    -Les Akavirois, dit-il sans trop y croire. Shabinbael se releva vivement et se mit à courir dans la tempête. Le campement ! Il faut protéger le campement !

    À leur arrivée, ils remarquèrent avec angoisse que les cris de terreurs et la clameur des combats avaient remplacée l’habituelle festivité de fin de soirée. Les nuages de cendre les empêchaient de voir ce qu’il se passait réellement à l’intérieur du campement et ils se dirigèrent tout deux vers la tente du Khan par automatisme. Accompagné de la sage-femme, Addamus retenait vaillamment un Akavirois à distance à l’aide de sa lance.

    -Shabinbael, ton épée ! Hurla le Khan en poussant une longue épée ondulée vers le dunmer dès qu’il l’aperçut. Ce dernier se baissa pour la ramasser et l’abattit sans concession sur l’homme-serpent qui s’en prenait à son Khan. L’Akavirois s’effondra dans une gerbe de sang.
    -Comment ça se passe ? Questionna Shabinbael en observant les deux dunmer. Du sang s’écoulait de l’épaule d’Addamus qui avait le plus grand mal à tenir sa lance et Mamaea se retenait sans force à une longue branche qu’elle utilisait comme une canne.
    -J’ai ordonné aux autres Gula-khan de protéger la tribu. Ces sales serpents nous sont tombés dessus dès que la tempête s’est levée mais je doute qu’ils soient plus nombreux que nous. Ce ne doit être qu’une simple escarmouche. Ils sont trop enfoncés dans nos terres ! Ils ont sûrement pensés que nous faisions une proie facile ! Mugit Addamus. Il rajouta, plus fort, pour que le reste de la tribu puisse l’entendre malgré la clameur des combats. Ils vont bien voir que nous n’allons pas nous laisser faire ! Nous avons l’avantage, mes frères, nous connaissons ces tempêtes mieux que personnes !

    Les cris s’intensifièrent après son discours et d’autres cendrais se rassemblèrent autour de la tente du Khan. La plupart étaient blessés mais vivants. Armé d’armes d’origine disparates, ils faisaient de biens piètres guerriers mais l’environnement hostile dans lequel ils vivaient les avait tous fortifiés. Même si aucun d’autre eux n’étaient préparés à une telle attaque, chacun des membres de la tribu des Assinammubi se battait pour sa vie et celle de son clan. Ils le prouvèrent à leur Khan en repoussant vigoureusement une nouvelle attaque des Akavirois, mais leurs adversaires gagnaient inexorablement du terrain. Bien que leurs efforts étaient admirables, les cendrais étaient lentement repoussés vers le centre du campement. Plusieurs petits groupes en plein affrontement sortaient de la tempête pour se rassembler autour d’Addamus qui rugissait des ordres dans tous les sens.

    Au loin, Kushumae pouvait entendre les hurlements des femmes, des enfants et des vieillards. Ils faisaient une cible facile, mais la priorité des guerriers était de protéger le Khan et la sage-femme. Les larmes lui montèrent aux yeux en songeant à toutes ces vies perdues et son affolement augmenta lorsqu’elle repensa à Zura. Attiré par les cris, trois autres Akavirois sortirent du brouillard en sifflant, leurs longues épées courbées pointée vers les dunmers. Shabinbael n’attendit pas pour leur foncer dessus l’épée levée. Il se battait comme un animal aux abois et sa bravoure suffisait à les repousser tous les trois. Le tranchant de sa lame s’enfonçait dans la chaire des serpents sans se soucier des contrecoups. Une masse féroce et revancharde, tel était le vrai visage de son frère qui avait les épaules pour devenir un Khan des cendres aussi puissant que respecté.

    Affligée par son inutilité, Kushumae poussa un cri rageur et tendit sa main vers l’Akavirois le plus proche. Grâce à sa télékinésie, elle attira la dague qu’il gardait dans son fourreau et lui fit faire demi-tour pour qu’elle s’enfonce violemment dans la fente de son casque. Voir son ennemi s’effondrer dans la cendre en crachant du sang lui procura un bien-être inattendu. La dunmer jeta ensuite un regard féroce au deuxième homme-serpent qui eut un léger mouvement de recul avant d’être transpercé par la longue épée de Shabinbael.

    Une pluie de flèche inattendue sortit du lourd nuage de cendre et s’abattit sur les cendrais rassemblés devant la tente du Khan. Aveuglée par la cendre et les oreilles battues par le vent, Kushumae distingua difficilement les malheureux touchés par l’attaque. À l’intérieur du brouillard de cendre, des hommes s’effondraient en criant pendant qu’elle jetait des regards de tous les côtés. Derrière elle, un cri plus faible que les autres retint son attention et la dunmer tourna vivement la tête en redoutant le pire. Derrière Addamus, Mamaea retenait difficilement un geyser de sang qui s’écoulait de la flèche qui avait transpercé son ventre. Après avoir croisé le regard de sa fille, ses forces l’abandonnèrent et la sage-femme s’écroula sur le sol. Horrifié, Kushumae ne bougeait pas un cil.

    -Non…

    Elle avait murmuré ces paroles et toute vaillance avait quitté son regard. Le poids d’un insoutenable chagrin s’abattit sur elle et de longues secondes s’écoulèrent avant qu’elle ne s’élance vers sa mère. En larme, elle priait pour que leur infortune ne soit qu’un simple cauchemar mais la clameur des combats et la cendre qui fouettait son visage sous l’effet du vent attestaient de l’écrasante réalité de leur situation. Sa mère était à l’agonie. Un instant, elle songea à en vouloir à son frère qui lui avait promis que tout se passerait bien mais toute sa peine était redirigée vers Mamaea.

    -Non, non, non, non, non ! S’écria Kushumae en posant ses deux mains sur la blessure. Son cœur se serra de tristesse après un rapide examen. Elle était condamnée. Sans y faire attention, la dunmer essaya tant bien que mal de combler la blessure avec de la mousse cicatrisante qu’elle sortit de sa besace. Même si ses bras étaient couverts de sang jusqu’aux coudes, Kushumae n’abandonna pas ses premiers soins malgré l’état critique de sa mère. En pleurs, ses larmes se mélangeaient au rouge carmin du sang qui forma rapidement une flaque sur le sol. Ce n’est pas possible, mère ! Je vais te soigner, tu vas t’en sortir !
    -Non, répliqua fermement Mamaea en posant faiblement sa main sur le bras de sa fille. Elle reprit d’une voix faible à la limite du murmure. Ne te fais plus d’illusion, Mae. Tu n’es plus une petite fille qui croit aux miracles, n’est-ce pas ? Rends-toi à l’évidence : je suis en train de mourir.
    Kushumae laissa échapper un sanglot.
    -Fais attention, Mae. J’ai vu… Je t’ai vu sous son emprise, je t’ai vu…, murmura sa mère avec difficulté. Ses yeux étaient remplis d’horreur. Oh, Mae, il est temps pour moi de rejoindre nos ancêtres.
    -Non ! Mère !
    -Shabinbael ! Emporte ta sœur, fuyez tous les deux ! S’époumona Addamus en forçant Kushumae à se relever bien qu’elle se débattait violemment. Il n’était plus aussi impassible qu’auparavant et, troublé, son inquiétude perçait dans sa voix. Protège-la, Bael. Rajouta-t-il plus doucement à l’adresse de son Gula-khan qui, malgré son envie d’en découdre, hocha gravement la tête. Maintenant que Mamaea était morte, Kushumae était devenue la sage-femme de leur clan et sa perte porterait un coup dur aux Assinammubi. Même s’il mourrait d’envie de se battre, son devoir était plus important que la vengeance. Addamus se détourna du duo et fit face à ses guerriers, plus motivé que jamais.

    -Vous autres ! Prenez ces serpents à revers et massacrez-les !

    Pendant que les guerriers cendrais se frayaient un chemin à travers les Akavirois, Shabinbael prit sa sœur en pleurs par la main et l’entraîna en-dehors des combats. Les deux dunmer s'engagèrent dans la tempête en rabattant leur foulard devant leur nez. Même avec les yeux plissés, Shabinbael n'arrivait pas à voir la route qu'ils empruntaient et leur destination était obscure. Kushumae le suivait tant bien que mal malgré ses jambes tremblantes. Ils couraient le long du défilé en évitant de justesse les pierres levées cachée par le nuage de cendre et les anfractuosités traîtresses du terrain.

    Le souffle court, Kushumae respirait la cendre de la tempête malgré ses protections. Elle avait abandonné ses efforts pour se repérer à cause de ses yeux larmoyants et son frère ne semblait pas non plus savoir ou ils se dirigeaient. Leur seule préoccupation était de s'éloigner des combats et de préserver l'héritage de leur tribu. Dans sa course effrénée, Shabinbael heurta une lourde pierre et roula sur le sol en entraînant sa sœur avec lui. Le sol se fissura sous le poids de leur corps et les deux dunmers chutèrent dans l'une des nombreuses cavernes souterraines du défilé de Bal Isra.

    Une myriade de pierrailles les accompagna durant leur descente et ils se couvrirent d'ecchymose en roulant sur le sol irrégulier de la caverne. Lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, la cendre s'éparpilla autour d'eux en tombant par l'orifice qu'ils avaient créés malgré eux. Kushumae toussa violemment pour se débarrasser de la cendre qui avait envahis ses bronches. Haletante, elle se releva avec difficulté en dardant des regards effrayés tout autour d'elle. Son corps meurtris par sa chute lui arrachait des grimaces de douleurs. La caverne dans laquelle ils étaient tombés était sombre et la lumière du plafond ne parvenait pas à l'éclairer entièrement. Les cailloux de leur chute avaient arrêté de rouler sur le sol et un silence oppressant remplaça rapidement le bruit de leurs ricochets. Il lui semblait entendre quelque chose qui se déplaçait dans l'ombre mais son regard n'arrivait pas à capter de mouvement. Un petit autel était taillé contre l'une des parois de la caverne mais les yeux embués par les larmes de Kushumae l'empêchaient de lire les symboles daedriques gravés dans la pierre.

    À son tour, Shabinbael se releva en crachant de la cendre. Il ramassa prestement son épée tombée à ses côtés, tout aussi sensible que sa sœur aux choses qui les observaient dans le noir.

    -Des dévoreurs, s'inquiéta son frère. Il n'était pas courant d'en apercevoir, à moins qu'ils n'aient atterris en plein milieu d'une ruine daedrique. Sur ses gardes, il s'approcha lentement de Kushumae qui n'avait pas l'air de constater le danger.

    La dunmer s'était avancé vers l'autel avec une nouvelle résolution. Elle y était attiré comme un papillon sur du miel et son sang cognait contre ses tempes sous l'effet de l'excitation. Arrivé à portée de bras, elle l'observa plus attentivement. Il y avait des offrandes de tous horizons dans l'un de ses renfoncements. Des bijoux en or et en argent trônaient sur l'autel par poignée et des fruits gris et ratatinés étaient posés dans des coupoles en céramiques. Il y avait même un cœur qui semblait d'origine humaine aux pieds de l'autel, desséché depuis des années. Une petite dague finement ouvragée l'avait tranché en deux. Kushumae tendit le bras pour caresser sa poignée et la couche de poussière qu'elle enleva révéla un acier noir mais brillant aux reflets envoûtants. Fascinée, elle s'en empara et la décrocha de son fourreau morbide. C'était une arme vouée aux sacrifices.

    Malgré l'attrait qu'elle ressentait pour la dague, Kushumae détacha son regard de sa lame pour lire les inscriptions gravées sur l'autel. La statue qui l'avait surplombé était tombé en morceau il y a bien longtemps de cela et les écritures étaient son seul moyen pour identifier le daedra à qui était dédié ce sanctuaire.

    -Contemple son visage et émerveille-toi. Daedra des mensonges, conspirations et traîtrises ; Combat nos ennemis. Recueille-toi, Ô fidèle. Vénère la gloire qu'incarne Boéthia, déclama Kushumae, impressionnée par la solennité du sanctuaire. Elle connaissait bien ce daedra pour être l'un des guides de son peuple ; celui qui ne tolérait pas la faiblesse.

    Devant le sanctuaire du cent fois vainqueur, Kushumae sentit son désarroi grandir. Elle avait fui ses ennemis. Et sa détresse se mua en colère. Elle s'entailla le poignet avec la dague dans un mouvement rageur. Son frère hoqueta de saisissement en l'apercevant.

    -Boethia ! Hurla Kushumae, des larmes de rage au coin des yeux. Son cri de désespoir se répercuta en écho sur les parois de la caverne. Je t’offre le sang de ton peuple, celui qui coule sous les coups des Akavirois, celui-là même qui rend le plus hommage à ton culte et à nos plus grands ancêtres ! Resterais-tu donc sourd aux affronts de nos envahisseurs, Ô toi qui nous as guidé vers ces terres ?

    Elle resta debout durant de longues minutes tandis que le flot constant de ses gouttes de sang mêlé à celui de sa mère décédée se déversait par terre. L’écho de sa voix se dissipait lentement et sa respiration sifflante s’installa dans le silence pesant. Finalement, elle se laissa choir à genoux devant la statue, les traits tirés par la fureur. Son sang bouillait dans ses veines et son esprit réclamait vengeance.

    Je t’entend, oracle-prophétesse, gronda une voix éthérée et caverneuse. Kushumae tressaillit de toute son âme et fixa son frère les yeux écarquillés. L’incompréhension et l’inquiétude gravée sur son visage, il ne semblait pas avoir conscience de ce qui se tramait. Tu dois te battre, mais pas seule. Les Usurpateurs t'aideront, pour le pouvoir et le contrôle. Ils ouvriront les portes de la Main d'Almalexia. Va, oracle-prophétesse, plante la graine du doute dans leurs cœurs, transforme leurs mensonges en armes et la vérité en sang !

    Boethia avait touché son âme et dessillé ses yeux. De longues minutes s'écoulèrent avant que Kushumae ne daigne se lever, silencieuse. Elle n'entendait pas son frère la presser de partir, les doigts serrés sur le manche de son épée bien que les dévoreurs restaient à une distance respectueuse des deux dunmers. Son regard se perdit en direction de l'orifice qu'ils avaient ouvert en chutant. Le ciel était clair et orangé comme une fin de soirée. La tempête était enfin tombée.

    -…Mae… Kushumae… Kushumae ! S'égosillait Shabinbael avec terreur pour qu'elle revienne enfin à elle. Kushumae cligna vigoureusement des yeux pour intervenir dans ce sens mais son frère ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits. Il agrippa sa manche d'une main et la pressa de le suivre vers les éboulis qui s'étaient formé en-dessous du trou et qui avaient créé une rampe accessible pour remonter à la surface. Il ne désirait pas rester plus qu'il n'était nécessaire dans cet endroit qui lui glaçait les sangs.

    Les deux dunmers gravirent la rocaille avec aisance et atteignirent rapidement la surface. Un nuage de fumée indiquait la position du campement cendrais aussi bien qu'un phare dans la tempête. Shabinbael rengaina son épée et marcha dans cette direction tout en jetant des regards inquiets vers sa sœur. Cette dernière fixait l'horizon, les yeux plissés. Elle était à présent sûre d'une chose quant à leur avenir.

    -On ne peut pas rester ici.

    Et elle se mit à marcher à la suite de son frère.


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