The Elder Scrolls Online - Roleplay

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    La plus longue chasse

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    Arandhel

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    La plus longue chasse

    Message par Arandhel le Jeu 20 Mar - 13:01

    Chapitre 1 : l'Oeil et la Cible



    2E 563, Val-Boisé.

    Le soleil brillait haut dans un ciel d'azur caché en partie par la myriade de couleurs châtoyantes inondant la canopée. Le bruissement musical des feuillages frôlées par le vent côtoyait le sifflement des flèches en une mélodie discrète, mais qui plaisait tant à Caendil. Le chant des oiseaux, les feuilles voletant vers le sol et le murmure du vent étaient autant de distractions qu'il devait oublier pour se focaliser sur son objectif.

    Sept... Huit... Neuf... Les jambes écartées, les pieds bien ancrés dans le sol.
    Treize... Quatorze... Quinze... Le buste droit, le bras d'arc légèrement courbé pour éviter la trajectoire de la corde. C'est le dos, qui doit travailler. Pas les bras.
    Vingt-deux... Vingt-trois... Vingt-quatre... La flèche maintenue par le pouce, la corde tirée sous le menton. Des gestes qui doivent devenir naturels par leur répétition incessante. L'oeil sur la cible, la posture idéale... et on relâche la corde.
    Vingt-huit... Vingt-neuf... Trente. Le compte y est.

    Les trois cibles circulaires parfaitement alignées se hérissaient petit à petit d'une trentaine de flèches chacune avant que les trois compères ne partent les déloger pour reprendre leur entraînement. Caendil observa ses compagnons d'entraînement le temps qu'ils finissent leur volée en essayant d'énumérer les défauts de leur posture. L'un était parvenu à mettre toutes ses flèches dans la cible, mais le plus petit, encore un peu jeune, aurait un peu plus de mal à retrouver toutes les siennes, en espérant n'en avoir brisé aucune. Une fois les carquois vides, ils s'avancèrent de trente pas pour les remplir à nouveau, prenant le temps d'échanger quelques railleries et conseils en délogeant leurs flèches une à une.

    L'après-midi était bien avancée lorsque l'un des jeunes Bosmers remarqua que leur entraînement était épié.

    - Hé, regardez, y'a une fille, là.
    - Ah, ouais. T'as une admiratrice, Mel'.
    - Dis pas ça, je la connais pas.
    - En tout cas, elle doit avoir ton âge. Peut-être un peu moins...
    - Vous savez qui c'est ?
    - Oui.

    La voix du jeune archer s'était étrangement teintée d'émotion alors qu'il fixait la petite curieuse. Sa gorge s'était resserrée, et cela s'entendait clairement.

    - C'est la fille de Mithanil et d'Ethmedhel... Il sont morts de la Peste il y a quelques semaines.

    Un long silence s'ensuivit, alors que les trois compagnons finissaient de remplir leurs carquois. L'entraînement continua jusqu'à ce que la pénombre les empêche de trouver deux de leurs flèches. Au moment de partir, ils remarquèrent que l'orpheline s'était éclipsée.

    Elle leur rendit visite à nouveau plusieurs fois par semaine, observant leurs volées d'entraînement à bonne distance. Assise contre un arbre ou sur une branche, elle arrivait silencieusement et repartait sans plus de bruit, si bien qu'aucun des trois compagnons ne savait vraiment quand elle les épiait ou non. Ils finirent par accepter sa présence sans trop y réfléchir, du moins jusqu'à ce que le plus âgé des trois amène le sujet en récupérant ses flèches.

    - Vous croyez qu'elle sait manier l'arc ?
    - Si c'était le cas, elle le ferait, plutôt que de regarder Mel' se ridiculiser.
    - Hé, je fais des progrès !
    - C'est vrai, depuis qu'on a retiré la pierre, tu casses moins de flèches.
    - Ca suffit. Venez par là.

    Caendil fit signe aux deux autres de l'aider à transporter sa cible. Ils la rapprochèrent de leur pas de tir de quinze bons pas et se redressèrent rougis et essoufflés par l'effort, tant le support était lourd. Alors que ses compères reprenaient leurs tirs, Caendil fixa leur camarade silencieuse. La perplexité se lisait clairement dans le regard de l'enfant, et ils restèrent là à s'observer de longues secondes. Il finit par lever son arc vers elle en affichant un sourire, et l'observatrice silencieuse se décida finalement à s'avancer d'une démarche hésitante. Arrivée au niveau de Caendil, elle empoigna l'arc d'une petite main gauche et leva les yeux vers lui.

    - As-tu déjà manié l'arc ?
    - Non.

    Caendil acquiesça en délestant son carquois d'une vingtaine de flèches avant de le lui accrocher à la ceinture. Il fit signe à la jeune Elfe d'approcher et lui expliqua comment manier l'arc et faire son premier tir. La posture, les mouvements, la concentration, il passa une bonne demi heure à lui expliquer le tout en détail avant qu'elle ne décoche la flèche, qui heurta le tronc d'un arbre et finit sa course perdue dans les herbes folles, sous les rires des deux autres archers en herbe.

    - Votre première flèche était plus réussie, peut-être ? Melandris, tu tiens à nous raconter comment tu t'es fait cette cicatrice au dos de la main ?

    Le plus jeune archer se renfrogna en reprenant ses exercices.

    - Leur cible est beaucoup plus loin.
    - En effet. Mais ils ont tiré beaucoup plus de flèches que toi.
    - Il y a moins de flèches dans mon carquois.
    - Ils tirent plus vite parce qu'ils doivent s'y habituer. Toi, tu dois simplement y arriver, pour commencer... Comment t'appelles-tu ?
    - Arandhel.

    L'entraînement continua ainsi pendant près de deux heures. Quelques flèches furent perdues dans la nature, mais la plupart finirent assez près de la cible, voire dedans. Ce qui n'était pas si mal, même si elles étaient bien éloignées du centre.

    - C'est pas facile, comme ça.
    - C'est la taille de l'arc, il n'est pas adapté.
    - Non, c'est mon oeil.

    Arandhel ferma l'oeil gauche comme pour viser, mais semblait se concentrer un peu trop pour maintenir l'oeil droit ouvert.

    - Attends, essaye de l'autre main, avec les mêmes gestes.

    Caendil lui fit retravailler rapidement sa posture en tenant son arc en main droite, et les premiers essais furent assez concluants. Quatre flèches dans la cible, dont une assez bien placée, bien qu'il s'agisse peut-être bien d'un coup de chance.

    - Hé, Mel', t'as de la concurrence.

    Caendil laissa les deux autres crétins à leurs moqueries en concentrant ses efforts sur l'apprentissage de la petite Arandhel. Maintenant qu'il le savait, il pouvait lui donner des conseils plus adaptés à son oeil directeur. A la fin de l'après-midi, il l'invita à prendre part à leurs entraînements plus souvent, et finit même par lui arracher un sourire discret en lui racontant la fois où Melandris avait réussi à lancer son arc en décochant une flèche. Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir pour son humeur morose, la Peste Knahaten étant un fléau dont son peuple se serait bien passé. A présent, il lui faudrait non seulement apprendre à cette petite à manier l'arc, mais aussi lui réapprendre à sourire.
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    Re: La plus longue chasse

    Message par Arandhel le Ven 21 Mar - 17:17

    Chapitre 2 : La peau et le sang

    2E 568, Val-Boisé.

    Hisse... Hisse... Avancer, garder le rythme, tenir bon.

    La ville n'était plus très loin, et une fois arrivés ils pourraient enfin se reposer. Cela faisait deux jours qu'ils dormaient à peine, et si Caendil était habitué à une veille aussi longue, ce n'était pas le cas de ses petits protégés. Arandhel se demandait d'ailleurs comment il pouvait supporter à lui seul la carcasse la plus lourde sur ses épaules. Elle-même et Melandris peinaient à soulever leur propre prise, qui était pourtant un cervidé plus petit que celui de leur maître chasseur.

    Tous deux avaient beaucoup changé depuis leur rencontre, il y avait cinq ans de ça. Plus grands, plus forts, et enfin l'arc long ne leur semblait plus aussi disproportionné par rapport à leurs carrures. Elle avait même surpris le regard de certains Bosmers de son âge s'attarder sur sa poitrine naissante, pourtant dissimulée par les peaux de bête qui l'habillaient. Elle tourna les yeux vers Melandris en y pensant, mais il était trop concentré sur le poids de l'animal pour la regarder, ce qui n'était pas plus mal.

    Bientôt, ils apprendraient à fabriquer leurs propres arcs, bien qu'Arandhel choisirait certainement d'utiliser celui fait avec les ossements de son père, peu après sa mort. Sa sœur utilisait déjà celui fait à partir de ceux de sa mère. En y pensant, elle porta sans vraiment y réfléchir une main au petit pendentif blanc qui ne la quittait jamais.

    - Hé, qu'est-ce que tu fais ?!

    Arandhel réaffirma sa prise sur leur proie, en se concentrant plutôt sur le moment présent. Les quelques rayons de soleil filtrant à travers les feuilles faisaient danser leurs couleurs dorées sur les trois chasseurs. Une brise rafraîchissante séchait la sueur sur leurs fronts et les aidait à tenir la cadence. Ici et là, Caendil leur faisait remarquer une piste de gibier pour leur apprendre à les repérer à l'avenir. Mais Arandhel ne pouvait penser qu'à un sommeil bien mérité. Elle n'attendait que ça.

    Les premières habitations étaient déjà visibles, leur écorce modelée par la magie des bâtisseurs Bosmer, dont elle-même ne comprenait rien hormis la beauté des édifices érigés. Le faîte de la cité était parcouru de plaques de sève séchées, véritables anomalies pourtant bien naturelles dont les couleurs chatoyantes teintaient la lumière du soleil par endroits, donnant ainsi à leur cité de Silvenar une aura mystique incomparable aux beautés naturelles offertes par la forêt.

    Ces nombreuses couleurs apaisèrent Arandhel dès leurs premiers pas dans la cité. Ou peut-être était-ce la proximité de son foyer. Ou encore la sécurité apportée par les quelques Bosmers vigilants postés ici et là, prêts à repousser toute menace à grand renforts de flèches. Quoi qu'il en soit, elle pourrait bientôt trouver le sommeil.

    Caendil les mena vers l'une des habitations, devant laquelle de nombreuses peaux animales étaient entreposées sur différents supports en os. Sur le côté se trouvait une grande dalle de pierre, dont la partie supérieure était taillée pour être légèrement concave. Caendil y entreposa sa proie et indiqua à ses apprentis un endroit pour déposer la leur, sur une peau usée et couverte de taches brunes. Il revint bientôt en compagnie d'un Elfe bien plus âgé, qui avait les mêmes yeux sombres que lui, et le même sourire bienveillant.

    - Ainsi tu me parles depuis quelques années déjà de jeunes archers, et ce sont de jeunes chasseurs que tu me présentes... Bienvenue à vous, Arandhel et Melandris. C'est un plaisir de vous rencontrer enfin. Je me nomme Gaedor, et j'espère que vous n'êtes pas trop fatigués, car il vous reste beaucoup à faire.

    Arandhel commença par échanger un rapide regard avec son compagnon d'apprentissage, et sourit au père de Caendil. Mais son sourire s'effaça rapidement, emportant avec lui ses espoirs de repos. Gaedor sembla le remarquer, car il se mit à rire doucement.

    - Allons, vous n'espériez tout de même pas vous débarrasser de vos prises sans les équarrir ? Venez, je vais vous montrer.

    Arandhel s'étira pour tenter de se réveiller un peu. La leçon serait peut-être difficile à suivre, mais n'en serait pas moins captivante.

    Le couteau bien empoigné, les mouvements appuyés et précis. Une longue entaille au niveau de l'abdomen, puis remonter jusqu'aux sabots et sous la gueule. Séparer le cuir de la chair, sans le déchirer.

    Arandhel sentait le sang coller entre ses doigts et dégouliner le long de ses bras. Elle ne parvenait pas toujours à résister à la tentation de le goûter, ce à quoi Gaedor répondait par une petite tape et un regard faussement sévère, trahi par un petit sourire.

    Découper les muscles en faisant bien attention au sens de leurs fibres. Séparer les tendons et le cartilage, conserver les boyaux pour les cordes d'arc. Le sang servirait pour la confection de boissons qu'elle-même était encore un peu jeune pour apprécier. Gratter les os des derniers morceaux de chair, et faire de même avec le cuir après l'avoir étendu sur un chevalet en os.

    Gaedor leur expliquait l'utilité de chaque partie de l'animal en leur indiquant comment procéder. La tenue du couteau, le geste à adopter, quand alterner entre grandes coupes franches et petites lacérations successives.

    La nuit était déjà tombée lorsque l'animal n'était plus que cuir et os, viande et viscères, tendons et trophées. Le reste de la leçon ne serait pas pour ce jour, mais le repas s'avérait fameux.

    Et en effet, la viande était délicieuse, le goût entièrement différent. Arandhel connaissait le goût de cette viande depuis aussi longtemps que ses souvenirs pouvaient remonter. Mais savoir que cette pièce-là était issue de sa longue journée de travail lui apportait une saveur que nulle cuisson ou nulle épice n'aurait su égaler.

    Le sommeil lui vint rapidement, et pourtant elle avait du mal à se résoudre à s'endormir, tant elle brûlait d'en apprendre plus. Mais elle se rassura d'une simple pensée : d'ici quelques jours, elle retournerait chasser.
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    Re: La plus longue chasse

    Message par Arandhel le Dim 23 Mar - 23:47

    Chapitre 3 : le départ pour la chasse

    2E 575, Val-Boisé.

    Des gestes précis. Une longue entaille le long de l'abdomen. Le raclement du métal contre les os. Séparer la peau de la chair, sans la percer. Des gestes qu'Arandhel faisait et voyait faire au quotidien, désormais. Mais cette fois, c'était différent.

    La partie de chasse avait duré près d'une semaine, si bien que leurs réserves de nourriture étaient presque épuisées. Quelques petites prises leur avaient fourni de quoi tenir un peu plus longtemps, mais ils n'avaient toujours pas abattu de proie assez conséquente. Des terriers vides, des créatures victimes de plantes carnivores ou des carcasses partiellement dévorées étaient leurs seules trouvailles, si bien que les trois chasseurs marchaient à présent en direction de la ville.

    Ce ne serait pas la première chasse dont ils rentreraient les mains vides, mais quelque chose n'allait pas. Les pistes étaient trop rares dans les environs, même lorsqu'elles ne menaient à rien. Melandris finit par rompre le silence.


    - Dites, vous avez une idée de ce qu'il y a, plus loin ?
    - A part un endroit où tu ne casses les pieds de personne ?
    - Très drôle. Non, je veux dire, vraiment plus loin.
      ...
    - D'autres pistes et d'autres animaux.
    - Justement !
    - Shhhhhh !
    - Shhhhhh !

    Melandris s'emportait quelquefois dans son excitation, au risque d'alerter la moitié de Val-Boisé de leur présence. Il apportait souvent le sourire et la bonne humeur à ses deux compagnons de chasse, ce qui rattrappait ses lacunes par ailleurs. Arandhel et Caendil aimaient vraiment ce bosmer, malgré toutes les bêtises qu'il leur avait raconté et les problèmes que sa négligence avait pu leur apporter. Il continua en chuchottant, comme à leur habitude.

    - Justement. On commence à bien connaître le gibier de Val-Boisé. Je ne me lasserai pas de le chasser toute une vie, et je doute que ce soit votre cas mais... C'est seulement Val-Boisé.

    Les deux autres chasseurs échangèrent un regard, commençant à comprendre où leur compagnon voulait en venir. Et une fois de plus, il faisait mouche.

    - Tu parles de découvrir de nouvelles landes...
    - Et de nouveaux gibiers...
    - Exactement. J'ai entendu parler de créatures volantes, à l'autre bout du monde, se maintenant en l'air à l'aide de leurs tentacules. Des endroits où l'eau tombe du ciel en forme de poudre, et où elle couvre la terre d'une épaisse fourrure blanche qui s'étend à perte de vue... Et je doute que les récits s'arrêtent là. Ca ne vous intéresse pas de voir tout ça ?

    Les trois chasseurs se mirent à rêvasser de longs moments en imaginant autant de contrées étranges et merveilleuses que ce que leur esprit le leur permettait.

    - Et tu voudrais partir quand ?
    - Dans un mois... Une semaine... Demain... Aujourd'hui. Je ne sais pas. Ca fait huit ans que je chasse avec vous... Je ne me vois pas partir tout seul de toute façon.

    Caendil et Arandhel échangèrent un regard, puis un sourire. Bien sûr qu'ils pensaient à la même chose.

    - Très bien. Nous partirons dans trois jours.
    - Haha ! On racontera notre histoire dans les tavernes pendant des décennies !
    - Shhhhhh !
    - Shhhhhh !
     ...
    - Attendez, sur cet arbre... C'est une trace de griffe.
    - Là aussi...
    - Courez !

    Trois jours s'étaient effectivement écoulés, mais le départ n'avait pas eu lieu. Pas encore. Ils étaient là, en cercle autour de cet Elfe, à l'observer trancher la chair, dénuder les os. En levant un regard vitreux vers Arandhel, il lui tendit une pièce de viande, qu'elle accepta après une courte hésitation. Elle reprit sa place auprès de Caendil en mâchant la viande encore crue, et contempla l'Elfe découper de nouveaux morceaux de viande.

    La fourrure trouée du Tigre-Senche trônait au-dessus du cadavre en un trophée macabre. Arandhel et Caendil observaient le père de Melandris découper en morceaux la dépouille de son fils avant d'en présenter des morceaux aux autres membres de sa famille et à ses proches. Une larme roulait sur la joue de la chasseresse, tandis qu'elle contemplait pour la dernière fois le visage de Melandris, avant que l'acier ne le défigure.

    Plus qu'un voyage, ce serait un dernier hommage à leur ami. Le départ était prévu pour le lendemain.


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    Re: La plus longue chasse

    Message par Arandhel le Mer 21 Mai - 15:53

    Chapitre 4 : une proie inhabituelle

    2E 577, Cyrodiil

     Première journée de marche, et quatrième journée de pluie. Les pavés de la route glissaient sous ses bottes, l'obligeant à ralentir le rythme de ses pas.

     En temps normal, Arandhel adorait la pluie. Elle pouvait passer des heures à apprécier la sensation des gouttes ruisselant sur sa peau là où bien d'autres se contenteraient de se réfugier au sec, près d'un feu, avec une boisson chaude. Mais cette pluie dense et les nuages sombres, adjoints à la nuit tombante, l'empêchaient d'apprécier le paysage. Et elle était aussi là pour ça, après tout. Elle parvenait vaguement à discerner les premières lumières allumées à Bravil, loin sur sa gauche, de l'autre côté de la Baie de Niben. Et le reste du paysage était tout aussi brouillon.

     En suivant la route, au Nord et à l'Ouest, elle pourrait voir la grande tour d'Or Blanc, peut-être dès le lendemain. Avec tout ce qu'on en racontait, elle devait être grandiose... La pointe d'une flèche d'albâtre transperçant le ciel, loin au-dessus de la capitale de l'Empire. Et elle avait intérêt à être à la hauteur de sa réputation.

    - Comme tu l'avais rêvée, Mel'.

     Elle sourit en s'abandonnant au souvenir de son ami défunt. C'était pour lui qu'elle avait entrepris ce voyage, après tout. Un hommage à ses rêves d'exploration et de découvertes... et un peu aussi un défi lancé par son maître de chasse. A l'origine, ils devaient faire le voyage tous les trois, mais...

    - ... et on se retrouvera à mi-parcours. Je remonterai vers Bordeciel par cette route, ici, et toi tu y arriveras par l'ouest. On n'a qu'à se retrouver là, entre les Nordiques et les Elfes Noirs. On pourra bien prendre le temps de se raconter nos aventures avant de reprendre la route. Tu te sens d'attaque pour la plus longue chasse de notre vie ?
    - Plus que jamais. Mais... Tu sais combien de temps ça doit durer ?
    - Un mois, une année, une vie... J'ai pas envie qu'on se fixe une limite dès maintenant. Regarde-nous ! On sait se débrouiller, on a tout le temps devant nous, et on est encore jeunes.
    - Ouais, c'est ça, essaie de te faire passer pour un jeune.

     Et la discussion s'était terminée en éclats de rires, agrémentés d'une batterie de leurs habituelles boutades et de leurs défis incessants. Caendil avait raison, cependant. Pas la peine de se presser, le tout était de prendre le temps de découvrir chaque province, chaque culture, et surtout, chaque nouveau type de gibier que Nirn avait à leur offrir.

     Elle avait passé l'année suivante auprès des Khajiits d'Elsweyr, à se faire avoir un peu trop souvent par leurs belles paroles et leurs mensonges, et à essayer sans grand succès de comprendre leur goût pour ce sucre-lune. Mais ce qu'elle n'arrivait pas à comprendre, surtout, c'est qu'ils puissent vivre dans une étendue de sable aride, principalement dénuée de végétation, et donc de forêt.

     Son arrivée en Cyrodiil l'avait soulagée. Enfin, elle retrouvait une forêt, même si elle était loin d'égaler celle de Val-Boisé à ses yeux. Après un bon mois passé seule au milieu des arbres et de la faune locale, elle s'était enfin décidée à rejoindre Leyawiin, la ville la plus au sud de Cyrodiil, pile entre Elsweyr et le Marais Noir. Et cette position se ressentait fortement au sein de la ville : partout où elle regardait, ce n'étaient qu'écailles et fourrure, griffes et crocs, Argoniens et Khajiits. Avec quelques humains, tout de même... on était en Cyrodiil, après tout.

     Après quelques semaines passées à se renseigner sur le Marais Noir, elle était tombée sur un Argonien qui avait achevé le peu de courage qu'il lui restait, à grand coups d'arguments.

    - Bah, oublie ça, gamine. T'as autant de chances d'y survivre qu'un poisson échoué sur la berge. Sans guide pour te montrer où marcher, t'auras vite fait de te casser une patte. Tu f'rais moins la maligne, paumée au milieu du Marais sans pouvoir t'déplacer. Et même si t'avais un guide, c'est pas c'qui empêcherait un wamasu d'passer par là au mauvais moment. C'est pas un endroit pour les p'tites comme toi.
    - Je sais me débrouiller, quand même... Et Coince-sa-langue, là-bas, m'a dit qu'il pouvait me conduire jusqu'à Bois-Sombre.
    - Lui ? Ouais, il est pas mauvais. Mais c'est un Argonien, lui aussi. Il risque pas d'se chopper une maladie. Toi, par contre...

     Les mises en gardes de l'Argonien avaient fait mouche. Après avoir perdu ses parents face à la Peste Knahaten, le Marais Noir était déjà le dernier endroit qu'Arandhel avait envie de visiter sur Nirn. Et c'est précisément ce que l'Argonien venait de souligner.

    - Désolée, Melandris... Mais ça, c'est au-dessus de mes forces.

     Elle avait finalement pris la route du nord, évitant le Marais Noir pour se rendre plutôt à Cheydinhal. A partir de là, Morrowind lui tendrait les bras.

     Elle observa la route devant elle, remarquant un mouvement bien plus avant. Une caravane, certainement marchande. Un cheval, une charrette et trois hommes à bord. Elle se demanda ce qu'ils pouvaient bien transporter. Probablement des tissus pour les quelques nobles de Leyawiin. Ou peut-être de nouveaux filets de pêche pour cet Argonien qui se plaignait des siens, troués et vaguement rafistolés. Ou alors des...

     Le cheval hennit bruyamment alors qu'une demi-douzaine d'hommes fondaient sur la caravane. Une flèche bien placée, quelques coups de lame, et ils débarquaient déjà la cargaison pour l'emmener dans les bois, ainsi que le cheval. Tout s'était passé tellement vite qu'Arandhel avait tout juste trouvé le temps de se cacher à l'écart de la route. Elle continuait d'avancer prudemment sous le couvert des arbres. Lorsqu'elle arriva à hauteur de la caravane, la présence des pillards n'était plus trahie que par les cadavres et leurs traces de pas laissant un long sillon dans la boue encore fraîche.

     Elle pensait passer son chemin, mais remarqua que l'un des "cadavres" n'était pas tout à fait mort. Un vieillard, habillé humblement, assis sur le pavé et adossé contre la roue de la charrette. Il luttait pour reprendre son souffle en portant une main à sa gorge, transpercée par une flèche. Une mort atrocement lente et douloureuse. Ces fils de trolls n'avaient même pas eu la décence de l'achever proprement.

     Arandhel s'approcha doucement, échangeant un regard avec l'homme. Elle avait entendu parler de ce moment, juste avant la mort, où le regard était incapable de mentir. L'expression changeait plus vite qu'elle ne pouvait la lire, au plus profond de ses yeux emplis de larmes. Douleur, chagrin, haine, solitude... peur.

    Son regard implorant était rivé sur la Bosmer, qui ne pouvait absolument rien faire pour l'aider. Jusqu'à ce qu'il se mette à fixer son couteau à dépecer, dépassant derrière sa hanche gauche.

    Elle finit par comprendre. Agrippant son couteau, elle vint en poster la pointe juste au-dessus du coeur du vieil homme agonisant et serra sa main autour de la sienne, tenant avec lui le manche de l'arme. Un regard déterminé, un vague hochement de tête, et la dague transperça la chair.

    Avant de se relever, la chasseresse extirpa la flèche de sa cible et la rangea parmi les siennes, un empennage de plumes noires au milieu des brunes et grises. Ces pillards n'étaient que des animaux. Des bêtes assoiffées de sang, tuant pour le plaisir de tuer et de dépouiller quelques richesses sur des cadavres. De véritables animaux.

    Et justement, Arandhel pensait chercher un nouveau gibier avant de reprendre son chemin.


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